Le sabotage amoureux vient de se refermer. Une fois de plus, j'ai voyagé. Et évidemment j'ai encore craqué. L'épopée de cette petite fille à vélo, pardon à cheval, dans le dédale de la Chine Communiste et de son ghetto a de quoi donner envie à tous de retourner à l'innocence. Même si on découvre bien vite que le monde des enfants est aussi impitoyable que celui des adultes, sinon plus.
Ça donne quand même envie d'y retourner. Parce que tout y est vierge, encore.


"- Voila, dis-je.
- Quoi ? daigna-t-elle demander.
- J'ai fait vingt fois le tour de la cour.
- Ah. J'avais oublié. Recommence, je ne t'ai pas vue.
Je repartis à l'instant. Je vis qu'elle ne me regardait pas davantage. Mais rien n'eut pu m'arrêter. Je découvrais que j'étais heureuse de courir : ma passion trouvait dans la vitesse des foulées une noble manière de s'exprimer à défaut de récolter ce que j'espérais, j'éprouvais de grands élans de ferveur.
- Revoilà.
- Bien, dit-elle sans avoir l'air de me remarquer. Encore vingt tours.
Ni elle ni le ridicule ne semblaient même me voir. Je courais. Je me répétais avec un début d'extase que je courais par amour. Simultanément, je sentais l'asthme s'emparer de moi. Pire : je me rappelais avoir dit a Elena que j'étais asthmatique. Elle ne savait pas ce que c'était et je lui avais explique ; elle m'avait écouté avec intérêt, pour une fois.
Elle m'avait donc donné cet ordre en pleine connaissance de cause.
Au terme des soixante tours, je revins à ma bien-aimée.
- Recommence.
- Tu te souviens de ce que je t'avais dit ? demandée timidement.
- Quoi donc ?
- L'asthme.
- Crois-tu que je te demanderais de courir si je ne m'en souvenais pas ? repondit-elle avec une indifférence absolue.
Subjuguée, je repartis.
Etat second. Je courais. Une voix soliloquait dans ma tête : "tu veux que je me sabote pour toi ? C'est merveilleux. C'est digne de toi et digne de moi. Tu verras jusqu'où j'irai."
Saboter était un verbe qui trouvait du répondant en moi."


Et je viens d'acheter Acide Sulfurique, le seul qu'il y avait au magasin.