J’ai retrouvé un blog perdu. Sous un autre pseudo, dans un autre univers et en duo. Où je racontais des déboires sentimentaux, très romancés et surtout fictionnesl. Forcément, ça part d’anecdotes personnelles.
De l’avoir retrouvé, ça m’a donné envie de m’y remettre…

En parlant écriture, j’ai participé à un concours sur le blog d’Orangecannelle, (voir ici) et j’ai gagné le prix d’écriture avec ma nouvelle (parmi 5 prix possibles : coups de cœur, poétique, originalité et d'écriture, remis au texte le mieux écrit du point de vue du style – c’est moi ! lol)
Alors comme ça me fait pas mal plaisir (ben ouais soyons honnête ^^) et malgré mes nombreuses fautes (d’après un témoignage), j’ai décidé de la poster ici. C’est peut-être un peu long mais tant pis…
N'hésitez pas à donner vos avis, toute critique constructive est bonne à prendre.

Pour les autres nouvelles, c’est par là : --> Orangecannelle <--

Ciel de traîne

  Elle a défait les lanières de ses sandales et remonté son pantalon jusqu'aux genoux. Elle a fermé les yeux pour mieux apprécier le contact du sable sous ses pieds et entre ses orteils. Le soleil est caché par quelques nuages de haute altitude, mais une grande lumière inonde le paysage. Elle a roulé toute la matinée, partie à l'aube après un petit déjeuner frugal, portée par une idée fixe : partir. Elle n'a rien emporté, pas même son téléphone portable.
Il doit maintenant être onze heures et demie et elle est là, les yeux fermés, sur une plage déserte d'Ostende, car c'est ici que le hasard des routes l'a menée. Commençant à attaquer la réserve d'essence, elle a garé sa petite voiture et a décidé de faire une pause.
On lui a dit qu'en Belgique il faisait froid... Aujourd'hui pourtant, l'air est d'une grande douceur. Un vent léger fait danser ses cheveux. Elle pose ses sandales sur le sable et s'avance vers l'eau. Elle n'a pas eu longtemps à marcher, la marée est haute. L'eau est fraîche et vivifiante. Une fois les chevilles immergées, elle effectue un quart de tour et commence à longer la plage.
Dans sa tête ça se bouscule. Le mouvement de son corps, le mouvement des vagues, loin de lui faire oublier sa peine, accentuent ses craintes.
Faire de l’effort son exutoire, elle pensait que chaque brasse ferait oublier le naufrage. Le naufrage de son amour, le naufrage de sa vie a-t-elle envie de penser.
Cinq ans déjà et, pourtant, elle croyait dur comme fer avoir passée l’éponge sur SA rupture.
Elle en avait connu des dizaines de ruptures, des gentilles, des calmes, des méchantes, des nerveuses, des dramatiques, des sans-importance, des belles voire même une somptueuse. Mais celle-là…
Celle-là pour être honnête, elle pensait qu’elle n’arriverait jamais, qu’elle avait enfin trouvé le bon. A 30 passés, faut dire, il était temps.
Ça avait duré, duré… tellement duré qu’elle croyait que c’était gagné. A tort. Peut-être qu’elle s’était relâché, mais elle n’y croyait pas.
De toutes façons, l’explication avait achevé de la convaincre.
Ce n’était pas seulement son « je ne t’aime pas » qui l’avait crucifiée, mais tous les mots qu’il avait dit ensuite. Tous ses mots qui se mélangeaient encore dans son esprit et dont l’écho résonne encore « je ne t’aime pas et depuis le début, je savais qu’il aurait rien de plus entre nous, que tu n’étais pas la femme de ma vie et que tu ne le serais jamais. Ce n’est pas parce que nous sommes restés tout ce temps ensemble que cela avait une signification pour moi. C’était comme ça… La durée n’est pas significative. Tu ne représentes pas l’idéal féminin dont j’ai besoin, ni le modèle dans lequel je peux me reconnaître, me confier, en qui avoir confiance. Je ne t’ai jamais voulu comme mère pour mes enfants ou comme amante éternelle. C’est terminé. Tu ne compteras jamais plus que comme une amourette, tu n’étais rien de plus, rien de moins. Tu n’étais qu’une… passade ! »
Une passade de 8 ans. Une passade qui l’avait laissée construire des projets, envisager l’avenir et qui jamais n’avait mis un frein à ses ardeurs. Pas une fois, il n’avait laissé entendre quoique ce soit qui ait pu lui mettre la puce à l’oreille. Rien.
      Encore aujourd’hui, elle se demande comment elle avait pu être si stoïque, si calme. De même, qu’elle se demande ce qui est le plus terrible dans toute cette histoire, son manque d’amour, ce mensonge, ses mots brutaux et durs, son incapacité en s’en remettre, son célibat…
Ce célibat qu’elle traîne comme un boulet. Elle n’est pas comme ses filles qui savent s’épanouir seules, qui y trouvent des avantages, profitent et nourrissent des passions quand elles sont deux.
Elle, elle a besoin de sentir quelqu’un tout proche tout le temps. Au début, ce n’était pas le prince charmant qu’elle cherchait, mais des amants nocturnes, parfois diurnes, qui pouvaient durer un jour comme un mois. Des hommes avec qui partager ses nuits et des hommes qui la feraient jouir. D’ailleurs, ceux qui avaient partagé ses nuits n’étaient pas forcément ceux qui l’avaient faite jouir. La fidélité n’avait pas toujours été son cheval de bataille. Du moins, tant qu’elle n’aimait pas. C’était pour ne pas être seule.
Quand elle aimait, elle se donnait comme une entité, elle était uniquement pour l’autre, pas soumise pour autant, mais totalement à lui.
Depuis la rupture elle était incapable de redevenir elle-même.
Elle avait vainement tenté les amants de l’après. Se noyer dans le sexe pour oublier une histoire d’amour. Ça n’avait jamais été la solution. Elle n’avait pu aller au-delà du flirt, de la drague. Pourtant, elle avait besoin d’être désiré. Le sexe avait toujours été une constante dans sa vie. Elle aimait son atmosphère, les baisers et la fermeté masculine. Depuis quand n’avait-elle pas sentie une main solide sur sa nuque ? Depuis quand n’avait-elle pas sentie le vent dans son dos, venu de la fenêtre ouverte, chassant la sueur du plaisir ? Depuis quand n’avait-elle pas sentie une main sensuelle s’accrocher à ses fesses, remonter jusqu’à ses cheveux ?
Mais même si cela lui manquait, elle savait qu’elle n’arriverait plus à partager, ne serait-ce qu’une nuit, qu’une jouissance.

      Revenue sur la plage, elle attendait que son souffle se calme. Pour le coup, elle était vraiment partie. Pourquoi partir si ce n’est pour fuir ?
Elle avait songé au nouveau départ sans jamais vraiment y croire. Pourtant aujourd’hui, elle était là, et ce n’était pas un hasard. La promenade s’était transformé en renouveau.
Pourquoi pas après tout. Vu où elle en était, d’un côté, ça ne serait pas plus mal.
Partir pour entériner la rupture, redémarrer pour l’oublier et se créer un passé vierge.
C’était possible.
Elle ne connaissait rien de la Belgique, rien d’Ostende non plus, si ce n’est que le nom lui plaisait. Il y avait la mer et c’était déjà un point important, un point positif. Peut-être qu’il faisait plus gris qu’ailleurs l’été, mais elle s’en fichait. Le principal, c’est qu’elle sentait le coin. Depuis 13 ans, elle avait enfin un ressenti profond, positif pour quelque chose, pour une idée, pour un projet.
Il était temps.