Le fait du prince – Amélie Nothomb

Baptiste Bordave est un homme sans grand intérêt, inutile même pourrait-on dire. Mais à une soirée mondaine, invité presque par hasard, il apprend une théorie toute nouvelle :
"Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police. Appelez un taxi et dites-lui de vous conduire à l’hôpital avec cet ami qui a un malaise. Le décès sera constaté en arrivant aux urgences et vous pourrez assurer, témoin à l’appui, que l’individu a trépassé en chemin. Moyennant quoi, on vous fichera la paix".
Concept surprenant qui le laisse un peu perplexe mais pas complètement indifférent. Le lendemain en ouvrant sa porte à Olaf, il ignore qu’il va, plus vite que prévu, pouvoir mettre la théorie en pratique, et même un peu plus que ça…
Ignorant tout de l’homme qui vient de sonner et de s’écrouler devant son téléphone Baptiste décide de s’approprier son identité. Il prend son portefeuille, ses clés et se dirige, dans la BMW d’Olaf, vers sa résidence de Versailles. Il entre et s’y installe. Mais Olaf n’était pas vraiment un gentil garçon…

L’idée est alléchante. Un homme sorti de nulle part emprunte l’identité d’un autre et va même beaucoup plus loin, puisqu’il s’approprie sa vie entière, sa maison, sa voiture, sa femme, son canapé, il devient l’autre. A coup de coupes de champagne, de bains interminables, Baptiste n’a pas de scrupules et baigne dans une douce immoralité à profiter du bien d’autrui.
J’ai trouvé ce livre savoureux, les pensées de Baptiste devenant Olaf sont surprenantes, drôles. Ce n’est pas particulièrement cynique comme d’autres romans d’Amélie Nothomb. Il n’y a pas vraiment de morale, certains diront qu’il n’y a carrément pas de but.
Je n’irais pas aussi loin et je ne serais pas aussi sévère. J’ai pris du plaisir à lire ce livre. Et si son but c’était le plaisir, l’ironie de la situation, l’immoralité des personnages ?
Pourquoi le but devrait être philosophique ? Alors, je suis d’accord avec Petiteconne, la fin aurait pu être un tantinet plus grandiose à l’image du début, à l’image d’une ivresse à la Veuve-Clicquot…

Un lieu incertain – Fred Vargas

Lors d’un colloque à Londres où Danglard, Estalère et Adamsberg représentent la France, on retrouve dix-sept pieds coupés, encore chaussés, parfaitement alignés devant le célèbre cimetière d'Highgate. Le lieu est macabre, gothique, presque romantique, tant il draine d’histoires et de mystères. Mystères qui vont conduire Adamsberg sur la trace de vampires sanguinaires et de famille vengeresse, le conduire loin, jusqu’en Serbie, sur des chemins escarpés. Des chemins personnels dont il ne soupçonnait pas l’existence.

Ce dernier roman de Fred Vargas ne déroge pas à la règle et nous entraîne une nouvelle fois parmi les divagations du personnage principal. Adamsberg qui est au centre du roman, celui sans qui rien ne serait possible, le point d’orgue, d’ancrage.
Vargas manie toujours aussi bien la plume et fait ressortir la réalité si forte des personnages par des descriptions, des dialogues à la fois étranges et proches.
Tout est délicieux dans ce bouquin, l’angoisse qui croît, les personnages à effets, les pensées du commissaire, les petites phrases, les petits moments, les petits détails que personne ne voit et qu’on attrape au vol, l’humour délicat. Je l’ai lu trop vite et je me retrouve à attendre le prochain… heureusement qu’il me reste les anciens à lire :-)

Un petit bout du 1er chapitre : "Il déplaça sa chaise pour l’installer dans le carré de soleil de la cuisine. La pièce ouvrait sur trois côtés, il passait donc son temps à décaler son siège autour de la table ronde, suivant la lumière comme le lézard fait le tour du rocher. Adamsberg posa son bol de café côté est et s’assit dos à la chaleur.
Il était d’accord pour aller voir Londres, sentir si la Tamise avait la même odeur de linge moisi que la Seine, écouter comment piaillaient les mouettes. Il était possible que les mouettes piaillent différemment en anglais qu’en français."

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Le cimetière d'Highgate par Emory