Journal d'Hirondelle.
Ce roman d’Amélie Nothomb c’est l’histoire d’une rupture, d’un chagrin d’amour. Le personnage principal dont on ignore l’identité réelle, et tout ce qui compose habituellement un personnage de roman, perd tout goût de vivre, tout sentiment. Il ne ressent rien : ni le goût ni l’odeur ni la beauté, même le sexe n’a pas d’effet sur lui. Il est comme une coquille vide.
Puis, un jour, il va retrouver quelque chose qui va lui procurer pleins de bons sentiments : le meurtre. C’est comme ça qu’Urbain devient tueur à gage.

Le héros complètement solitaire vit détaché de la réalité, dans un monde où les règles classiques du bien et du mal n’ont pas lieu. On se croirait dans un univers parallèle avec un narrateur un peu malsain sur les bords. Dans l’attitude du personnage qui se fait du bien en solo après avoir assassiné, ça m’a rappelé American Psycho, en moins trash et en plus réfléchi. Dieu merci !
C’est un court roman alors c’est difficile d’en parler sans trop en dire sur l’histoire.
J’ai bien aimé cette immoralité, quelque part Baptiste le personnage du dernier roman de miss Nothomb, tire un peu son origine d’Urbain : il n’a pas de nom, d’identité propre, il s’en crée des nouvelles qui collent à chacun des moments de sa vie.
Bref, c’est court mais c’est cruel, drôle, tragique à sa manière et insolent, qui à part Amélie Nothomb aurait pu écrire quelque chose de ce style en usant de finesse et non de vulgarité.


Extrait : On ne devrait jamais trop manger quand on a le vague à l'âme. Cela suscite des vertiges romantiques, des élans macabres, de lyriques désespoirs. Celui qui se sent sur le point de sombrer dans l'élégie devrait jeûner pour conserver son esprit sec et austère. Avant d'écrire 'Les Souffrances du jeune Werther', combien de choucroutes garnies avait-il dû avaler ?
Les philosophes présocratiques, qui s'alimentaient de deux figues et de trois olives ont donné une pensée simple et belle, dénuée de sentimentalisme. Rousseau, qui a écrit la dégoulinante 'Nouvelle Héloïse', prétendait qu'il mangeait 'très légèrement : d'excellents laitages, des pâtisseries allemandes'. Toute la mauvaise foi de Jean-Jacques éclate dans cette édifiante déclaration. (page 81)