L’histoire : Jack, 24 ans, sort de prison. Il y a passé plus de 10 ans pour un meurtre qu’il a commis lorsqu’il était enfant.
Terry, assistant social, le prend sous son aile et lui offre une nouvelle identité, un job, une maison, très loin de la ville où c’est produit le drame. Là-bas, personne ne l’a oublié et pour sa sécurité, la fuite est le seul salut.
Dans ce nouvel environnement, il commence à se créer une vie. Sans adolescence, il ressemble à un gosse qui découvre tout. L’anonymat est un répit. Mais il amène une souffrance nouvelle, le manque d’honnêteté. Jack ne peut rien révéler de son passé, ni à ses amis ni à sa petite amie.
Le hasard fait de Jack un héros local, et tout bascule…

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Je crois que je viens de rencontrer mon premier choc ciné de l’année…
On se trouve devant le genre de films qu’on aimerait voir plus souvent, dans une salle de quartier, bien calé au fond d’un fauteuil. Malgré la gravité du film, on n’en ressort pas complètement déprimé (contrairement à Benjamin Button).
On y croise la peur, les larmes, le drame mais aussi les sourires et la vie. Andrew Garfield porte ce personnage de Jack, torturé par le mensonge, par l’angoisse. On le sent à fleur de peau à chaque scène, crevant d’envie de dire la vérité. D’ailleurs, Andrew Garfield, est un nom à retenir… (en plus, il est charmant ^^)
C’est le deuxième film du réalisateur, John Crowley et l’on peut dire que c’est une réussite : prix du jury œcuménique à Berlin, grand prix du jury et prix du public à Dinard en 2008.
Cette liste est amplement méritée. La réalisation est fluide, la lumière y est belle, travaillée et les sentiments sont vraiment bien mis en avant. Cette histoire de rédemption est pleine d’émotions mais ne bascule jamais dans le larmoyant, tout est fait avec la plus grande retenue, plein de beauté.
La relation entre Terry, Peter Mullan, et Jack est au cœur de tout ça, elle est ce qui maintient à flot le personnage. Un n'a plus de parents, l'autre n'a plus de fils, et logiquement il se tisse un lien très fort qui en impose.
Ce qui est intéressant aussi dans ce long métrage, c’est les questions qu’il pose. Ressentir de l’empathie, de la sympathie et même de l’affection pour Jack, tout en connaissant son passé est-ce possible ?
Le rôle de la seconde chance.
L’utilisation de flash-back permet de connaître en détail l’enfance de Jack, ses moments cruciaux, le meurtre la violence, tout en montrant son présent, comment les deux sont finalement inextricables.
Le spectateur « doit décider : la personne avec laquelle il a passé une heure et demie à sympathiser est-elle coupable ou non coupable ? »*
Il y a une scène qui représente l’ambivalence du film, celle de la boîte de nuit où Jack après avoir gobé un ecstasy danse face à une immense glace. Dans une interview du réalisateur que je viens de lire, celui-ci explique exactement ce que j’ai ressenti : « je voulais montrer la sensation d’abandon physique total que la drogue procure chez Jack. Je souhaitais qu’il se dégage de cette scène un sentiment de gaieté et de liberté, mais aussi d’inquiétude chez le spectateur : on voit bien que Jack est déchaîné et qu’il risque alors d’être démasqué. »*
Au départ, on regarde, on sourit et puis l’angoisse grimpe d’un cran et on imagine les conséquences que pourrait avoir la révélation de son passé sur sa vie actuelle… La dualité des sentiments : se préserver au détriment de l’honnêteté qui cause une forte douleur mais…
Finalement, on espère tout le long du film que son secret sera gardé et que tous ses efforts n’auront pas été vains.
Une seconde chance, quoi.

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Je suis sortie du ciné, j’étais bien, un peu triste. Le bleu du dehors était le même que le bleu de la fin, soleil de fin de journée, cris des mouettes et bruits de la mer. Tout comme ici ou presque…

*extraits de l’interview de Josh Crowley pour l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai
source : Allocine © Pyramide Distribution