Il y a quelques temps, j’ai fini par confier à ma mère les angoisses que je ressentais par rapport à la perte de ma chambre. C’était dur de le dire et je n’ai pas tout dit, j’ai juste amorcé un début de conversation.
Et ma mère m’a dit « tu sais, tout ne peut pas toujours rester comme tu l’as connu, les choses changent » puis elle a enchaîné avec « tu es vraiment heureuse de t’installer avec S. ?! »

Comme si ce que j’avais dit c’était « j’ai peur de m’installer avec mon copain » au lieu de « ça va me faire très bizarre de perdre cette pièce, ma chambre d’ado ».
C’est vrai qu’il y a de quoi faire la confusion *ironie*

N’empêche qu’autour de cette installation, je sens planer une vague de questions. Je sens qu’on parle dans mon dos, qu’on s’interroge. Sur quoi et pourquoi je n’en sais rien.
Mais tout le monde me demande si j’ai le moral, si je me sens bien, si je suis vraiment heureuse et contente de m’installer avec mon copain.
Je sens que je suis au centre des conversations et ça me débecte. Je ne veux pas qu’ils parlent de ça.
Un, il n’y a rien à dire. Deux, ça ne les regarde pas.
Ce soir, j’ai dis à ma cousine que c’était bien, qu’on avait pris notre temps. J’ai senti l’ironie, le reproche, quand elle m’a répondu « ah ben c’est sûr que 4 ans ! Vous avez vraiment pris votre temps ! »

Pourquoi est-ce que les gens sont tellement choqués quand on ne fait pas comme eux ? Quand on n’est pas pressé de tout faire, quand on n’a pas peur comme eux d’être seul ?
Il faut vite trouver quelqu’un, vite se dire je t’aime, vite s’installer ensemble, vite se marier, vite faire des enfants. Pour plus vite se séparer ?
Ça ne m’intéresse pas. Ma cousine est avec son mari depuis qu’elle a 18 ans. Installés ensemble depuis presque le début.
Je préfère prendre mon temps. Tout comme j’aime faire des choses de mon côté. Personne ne comprend ça non plus.
Quand je regarde ces filles, incapable de faire quoique ce soit sans leur cher et tendre, « oh mon chéri tu veux pas venir ? oh ben j’y vais pas non plus ». Je me sens complètement à côté de tout ça.
Personne ne comprend et la question qui, une fois sur deux, arrive après avoir dit que je viendrais seule c’est « mais tout va bien avec S. ?! »
Amour et liberté, c’est possible.

Je ne sais pas ce qu’ils imaginent, ni ce qu’ils espèrent mais ça ne me plaît pas, je me sens épiée, observée, jugée. Je me sens mal à l’aise et presque coupable d’être heureuse et d’aller bien. On dirait que les badauds n’attendent que je leur dise que ça ne va pas, que je ne veux pas vraiment vivre avec mon copain.
Je déteste cet espoir morbide, ces questions appuyées.


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