Depuis que j’ai fini mon boulot d’enquêtrice je veux vous en raconter quelques expériences croustillantes que j’ai vécues à fréquenter la populace. Mais j’ai attendu. D’abord parce que je voulais attendre d’avoir fini ce taf et après parce que je traine parfois en longueur.

Donc mon job consistait à récupérer des fiches de personnes tirées au sort, à les contacter, fixer un rendez-vous et venir faire mon enquête.
En 3 mois, j’ai du aller dans une trentaine de famille, poser mes fesses sur une chaise ou un fauteuil et poser mes questions. Mais pas seulement. Des fois, je suis allée chez des gens qui m’ont gentiment éconduit.
Au fur et à mesure que j’allais dans différents apparentements, j’arrivais à reconnaître plus ou moins la taille du logement (oui parce qu’on avait une question qui portait sur les dimensions de l’habitation). Et bref, je peux vous dire que je suis allée dans des trucs minuscules comme dans des trucs monstrueux. Et c’est souvent dans les trucs monstrueux que les gens étaient les moins accueillants.

Notamment dans les premiers que j’ai fait, une dame âgée qui m’a ouvert la porte en fourrure en me disant qu’elle était très pressée. En faisant mon petit speech, je regardais mon interlocutrice et lui trouvais un air légèrement vulgaire.
Et sa réponse à ma demande de rendez-vous fut conne, comme elle : « ah mais vous savez moi, je n’aime pas du tout cette ville. Je n’aime pas les gens qui y vivent, c’est plein de voyous, d’arabes. Ils vivent un peu plus bas dans la rue. Il y en a beaucoup trop.
Je déteste cette ville, d’habitude j’habite à Paris mais je viens passer un mois tous les ans quand même, mais c’est vraiment une ville horrible.
Puis bon votre enquête moi, j’en ai rien à faire hein ! Vous avez cas noter ce que je viens de vous dire et puis c’est bon !
-    non mais madame, j’ai des questions très précises à poser. Dites-moi quel jour cela vous conviendrait que je passe faire mon enquête si vous êtes d’accord ?
-    non mais je n’aime pas la ville, il y a plein de voyous
-    oui madame, je comprends. Pourriez-vous me dire quel jour vous conviendrait ?
-    pour votre enquête, vous n’avez cas écrire ça, ça ne m’intéresse pas !

Comme j’étais payée à l’enquête et que je commençais, je me suis un peu accrochée et la discussion a continué dans le même style pendant 5 bonnes minutes. Elle m’a enfin lâché qu’elle voulait bien que je vienne le lendemain à 8h, « c’est bien parce que c’est vous. »
J’y suis allée, son appartement faisait plus de 100m² et elle était seule, ni mariée, ni enfants, ni petits-enfants. Juste son argent et son intolérance.

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Plus tard, j’ai sonné à une porte pour prendre rdv. Une dame âgée m’a ouvert. Ça donnait sur un très joli appartement traversant donnant sur 3 grandes pièces (salon, salle à manger, cuisine) ainsi que deux longs couloirs qui partaient à droite et à gauche en entrant, avec au moins 4 portes.
J’ai vite compris que j’étais chez des gens qui avaient les moyens : bel et grand appartement, beaux bijoux, beaux mobiliers, belle décoration et tout.
J’ai donc eu droit à un gentil mais ferme « ça ne m’intéresse pas » mais le pire, c’est la requête qui a suivi : « je voudrais repeindre mon plafond, est-ce que vous pouvez faire une demande d’aide pour moi au conseil général ? »

Ça ne mérite même pas une réaction tellement la demande est incongrue, pleine de radinerie et déplacée.

Dans le même genre, j’ai rencontré une vieille (encore !) dont l’appartement était sur la Promenade des anglais, dans un vieil et très bel immeuble, un peu genre hôtel particulier. Là pareil, logement traversant, immense porte d’entrée en bois d’au moins 3 mètres de haut, des plafonds hallucinants et je me suis retrouvée dans un hall gigantesque avec 8 portes et deux (très) longs couloirs. Suis-je obligée de préciser que dans chaque couloir, il y avait encore plusieurs portes qui donnaient sur différentes pièces ?
Mais j’ai été reçue dans une cuisine minuscule, sur le bout d’une table branlante, sur un tabouret abîmé. Je suis sûre que c’est la pièce réservée aux serviteurs. (Que je suis mauvaise langue)
Et à la question du test anonyme : quelle est la surface en mètres carrés de votre logement, elle m’a répondu 30, j’ai failli m’étouffer !

Mais enfin la pire c’est celle qui arrive. Une personne âgée, encore et toujours une femme, dans un appartement plus modeste (j’entends vue sur mer, 5ème étage, mais seulement 3 pièces) et malade de surcroît. M’expliquant sa vie, elle me raconte que plus jeune, elle a eu la tuberculose, que ça n’est jamais vraiment parti et que c’est pour ça qu’aujourd’hui elle tousse beaucoup, qu’elle est toujours souffrante.
Et là, d’une parole mystérieuse, elle m’interroge : « vous savez comment j’ai attrapé la tuberculose ?! »
Non madame.
« C’est à cause de tous ces noirs, ces arabes et ces gens des pays de l’est qui sont venus nous envahir et vivre dans notre pays, c’est à cause d’eux qui ont apportés la maladie »

J’ai faillit m’étrangler devant cette raison, et sur tout ce qu’elle sous-entendait.

Mais ces vieilles dans leurs très beaux et très riches appartements n’ont pas été très hospitalières. Jamais un verre d’eau, même pas une proposition de verre d’eau.

Le paradoxe n’est pas forcément utile à souligner mais les trois fois où j’ai été accueillie dans des familles maghrébines, à chaque fois, des gâteaux et un choix hallucinants de boissons étaient disposés sur la table, bien avant que j’arrive. Des pâtisseries maisons, du thé à la menthe, on m’a même proposé de rester manger avec eux.
Aucune de ces vieilles femmes aigries n’a eu le quart de l’hospitalité, de la gentillesse de ces gens qu’elles ont si allégrement insultés.

Il fallait que j’en garde une trace.
Et puis je suis tombée sur l’article sur Bernie Ecclestone qui soulignait « Hitler était efficace », ça va avec, ils sont sur le même chemin... :s

Cet article est fort long, je m'en excuse :-)