La trace de mes dents commence à disparaître, il reste une petite marque ronde marron jaunâtre. Je la regardais en descendant choper mon bus. A pied. Car je ne prends pas ma voiture, parce que je n’aime pas conduire, parce que je ne veux pas conduire, parce que j’ai peur de conduire, parce que je ne sais pas conduire.

Il était midi et je marchais. Ça ne me dérange pas, ça me permet de penser, de laisser mon esprit vagabonder librement.
Et je pensais que je ne suis pas vraiment comme tout le monde. Rien de prétentieux là-dedans. Je suis du genre rêveuse, limite contemplative.
18958981_w434_h_q80Je remarque ce que plus personne ne voit, les détails, les sensations, les microformes qui font le tout. Un mot tagué sur un mur "KRON", le soleil dans du verre éclaté au sol, un enchevêtrement de troncs d’arbres au fond d’un vallon qui me rappelle mon premier traumatisme de cinéma, le soleil couchant dans le regard attirant d’un motard sur l’autoroute, la nuance de couleurs dans un ciel bleu naissant.
Un tas de choses infimes qui me rappellent la multiplicité et l’élégance dans un brouhaha visuel.
Je peux rester des heures accoudée à mon balcon à regarder ce qui m’entoure. Il ne se passe rien ou si peu mais je trouve quand même un intérêt. Je trouve un intérêt particulier à observer les gens, mes voisins.
C’est pas tellement du voyeurisme, j’y vois là une source d’inspiration inépuisable, un puits sans fond d’idées.
Et je trouve dans ce qui m’entoure tout ce dont j’ai besoin pour écrire, j’y trouve des personnages, des moments. Et j’en écris des scènes pour mes histoires. Le motard tout de cuir vêtu sera dans un texte, je sais déjà où exactement, pourquoi et ce qu’il apportera. Il sera plus qu’un simple regard croisé qui m’a marqué.

Marcher me permet de construire mentalement ce que je veux mettre sur papier. Comme cet article.

source : Allocine.fr © Collection Christophe L.