Je poursuis ma découverte de Murakami avec cette histoire d'amour, à la limite du fantastique, à la frontière d'un monde étrange.
Tout en étant semblable, par sa forme, au Passage de la nuit, il entraîne le lecteur dans une nouvelle concision du décor. C'est ce qui m'avait le plus marqué à la première lecture.
Ce style scénaristique, sans artifice, et qui recèle un immense pouvoir onirique. Une profondeur qui donne à chaque phrase une sensibilité particulière.
C'est un Murakami qu'il faut lire le stylo à la main.

9782264039323Une précision quasi-chirurgicale qui nous entraîne sur les chemins tortueux  de l'amour
Le décalage horaire et la fatigue créaient un étrange vide dans mon esprit. J’avais du mal à distinguer le réel de ce qui ne l’était pas. Je me trouvais sur une île grecque, en train de prendre le petit déjeuner avec une femme splendide, plus âgée que moi, et que, la veille encore, je ne connaissais pas. Cette femme aimait Sumire, mais n’éprouvait aucun désir sexuel pour elle. Sumire aimait cette femme et la désirait. Moi, j’aimais Sumire et la désirais. Sumire m’aimait bien, mais elle n’était pas amoureuse de moi et n’éprouvait aucun désir sexuel à mon égard. De mon côté, j’étais capable de ressentir du désir pour une autre femme, mais pas de l’amour… Tout était si compliqué ! On aurait dit le scénario d’une pièce existentialiste. Tout finissait dans une impasse : personne ne pouvait aller nulle part, il n’y avait aucune alternative. Et Sumire avait quitté la scène, seule.
p. 163

Sans être niais, toujours délicat et subtil, Murakami dépeint l'interrogation permanente de l'amour.
J'ai vraiment beaucoup aimé, plus encore que Le passage de la nuit. Peut-être à cause des personnages, de Sumire et de ce qu'elle représente.
Et puis ces mots simples et si beaux.
Miu plongea son regard dans celui de Sumire, comme si c’était elle qui attendait une réponse. Un regard direct et profond. Dans la mare stagnante de ses pupilles, des courants silencieux se dressaient violemment les uns contre les autres.
p. 68