Je suis une femme au foyer. Une femme au foyer sans enfant. Avec un chat.

Pour combler mes journées, je bois. Du café, du thé, du cappuccino. Des trucs chauds qui me rassurent et m’occupent les mains. Je n’en suis pas encore à la vodka.

Les tâches ménagères forment mon quotidien m’empêchant de tomber dans l’abrutissement et l’oisiveté totale. J’aurais la réponse pour ma formation cette semaine. Et je saurais si je dois repartir de zéro.
Je suis assez désespérée de ce côté-là. Je ne cesse de ruminer, d’espérer d’avoir la possibilité de revenir en arrière. Et de choisir d’autres études.

Des études qui m’auraient apportées un métier de façon plus rapide. Je remue ma non-orientation et mon manque de discernement. J’aurais dû voir, savoir, comprendre. Je ne suis pas du genre naïve mais j’ai cru que je m’en sortirais.

Faux.

J’aurais dû foncer dans la voie du concret. Le droit est un domaine qui m’a toujours attiré. Certains me prévoyaient juge d’instruction. J’aurais dû faire plus attention. Choisir mieux. Je regrette. Amèrement.
L’idée du droit m’a toujours travaillé. Ces tribunaux, ces milieux glauques, mon goût pour les romans policiers auraient dû me faire tilter. J’aurais dû devenir juge ou bien flic. Mon goût du travail bien fait, ma minutie, mon kiff de la recherche, de trouver parmi toutes les informations celle valable, vérifier, recouper. J’avais les compétences. Je n’ai pas percuté.

Aujourd’hui, il ne me reste que les regrets et les envies. Et il manque toujours le diplôme ou la formation. Il manque toujours un truc. Ou je n’ai pas le profil. Ou le nombre de personnes est insuffisant pour que les choses démarrent.
Ne faudrait-il pas tout reprendre ? me relancer dans des longues études ?
Je ne sais pas si j’en aurais le courage.

Ou la décoration d’intérieure. Mais il fallait passer par les arts. Et en dessin je ne suis pas douée. Je me serais fermée des portes ? pourquoi la fac de lettres, pourquoi la communication ? aurais-je cru que j’arriverais à m’en sortir avec un bagage pareil ?

Le monde, décidément, est loin de me réserver des bonnes surprises.

Ou une école d’informatique. A l’époque c’était payant. Ça doit toujours être le cas. Ah ah super l’école gratuite.
Il existe toujours des moyens détournés mais pas pour tout.

Le seul job sur Pôle Emploi, dans ma ville, ce matin, c’était "laveur de vitres". J’ai les compétences, je suis une femme au foyer et j’ai déjà bossé comme femme de ménage. J’ai plus qu’à postuler.

L’apitoiement n’est pas présent et n’est pas à voir entre ces lignes. Il n’est question que de réalitéS. Et de possibilitéS.
A l’heure actuelle, à quels postes puis-je prétendre ? où postuler ? que faire ?
J’ai tenté par dizaine les candidatures spontanées, merci bien. Continuer encore.

Créer sa propre société. Faut l’idée et les moyens. J’ai le cerveau et le compte en banque à sec.
Je ne me cherche pas d’excuse. Mais trop d’argent dépensé pour ces études qui n’apportent rien. L’amertume grandissante face à l’échec. Face au système qui tourne de travers. Face à la non-solution. Tout ça pour en arriver là ?! j’aurais dû faire autre chose.

Enseignement technique, professionnel, la solution était devant mes yeux, permanente. Mais le corps enseignant, poussé par le gouvernement, croit juste de préciser à ses élèves : « les bons élèves vont en filière générale, les meilleurs en section S, les feignants en Littérature et les autres en section économique, les mauvais, les délinquants, les bons à rien en filière technique. » J’étais dans la catégorie ‘les autres’.
Fais ton choix à 16 ans après un discours pareil. Personne ne veut être du côté des faibles.

En attendant moi je galère. Je vieillis. J’ai bientôt 25 ans et à l’heure où beaucoup ont entamé leur vie professionnelle, je suis restée sur le carreau, brisée par la douche glacée de la réalité. Je me traine péniblement d’une idée à une autre, idées qui n’aboutissent jamais. Je voudrais moi aussi pouvoir vivre mieux, avoir un salaire et programmer des vacances. Je voudrais dormir mieux la nuit en sachant que le matin le réveil sonnera.

J’ai une lessive à étendre, ça me prendra 10 minutes. Mais ce qui est bien avec la lessive, c’est qu’après y a le repassage et ça m’occupera au moins une demi-journée…