Wilt_1Henry Wilt est professeur de Culture Générale dans un lycée technique à Londres, et chaque journée est une épreuve. Tandis qu'il essaye d'inculquer un peu de culture à des adolescents futurs gaziers, maçons, bouchers ou imprimeurs (les pires), qui eux préfèrent parler suicide (d'un professeur, qu'ils ont eux-mêmes provoqué), de pilule, ou de « au sud de Calais, tous des basanés !» et de bien d'autres choses encore...
A peine rentré chez lui, il doit faire face à un autre problème de taille : sa femme, Eva. Surexcitée et maniaque H24, elle fait vivre à ce pauvre Henry une vie familiale bien délicate. Ne ratant jamais une occasion de le harceler à propos de son poste sans promotion, de son manque de dureté et d'intérêt au lit, de son goût prononcé pour les beuveries à la bière à l'Auberge du Viaduc, de son manque de respect pour le Harpic et d'un tas d'autres choses en fait !
Et quand Eva rencontre Sally Pringsheim, tout devient encore pire. Cette américaine libérée, pratiquant la Touch-Terapy (douteuse), va tenter de transformer Eva en femme libérée sexuellement et ce faisant insérer Wilt dans une poupée gonflable (prénommée Judy) qui se retrouvera 30 mètres sous du béton et conduire Wilt derrière les barreaux, pour la garde-à-vue la plus longue jamais écrite !

Tom Sharpe manie avec brio et humour noir les aventures d'Henry Wilt, dénonçant une société de consommation en devenir, une fausse libération sexuelle. C'est immoral et grossier. C'est vivant, dynamique, déjanté et hilarant. Les situations de quiproquos en ajoutent sans cesse de nouvelles, le cercle n'en finit plus.
Wilt joue avec les mots, avec la culture et fait tourner en bourrique l'inspecteur Flint :
- Wilt, aboya-t-il. Je me tape le coquillard de ce que vous vouliez devenir. Je veux savoir ce qu'est devenue vottre femme.
- J'y arrivais justement, dit Wilt. Mais d'abord il nous faut établir précisément qui je suis.
- Je le sais bien qui vous êtes ! Une sale bonimenteur, un contorsionniste du verbe, un foutu coupeur de cheveux en quatre, une encyclopédie vivante des références inutiles...
L'inspecteur était à court de métaphores.
- Magnifique, inspecteur, magnifique. Je n'aurais pas dit mieux. Coupeur de cheveux en quatre, oui, mais pas découpeur de femmes. Si nous poursuivons ce raisonnement, Eva, en dépit de toutes ses belles pensées et méditations, n'a pas changé d'un iota. L'Empyrée ne veut pas d'elle. Le Nirvana lui échappe. La Beauté et la Vérité sont hors de son atteinte. Elle court après l'Absolu avec un chasse-mouches et déverse du Harpic dans les canalisations de l'Enfer lui-même...

C'est terriblement drôle et savamment écrit. Wilt n'est pas tendre avec sa femme et Eva n'est pas tendre avec Wilt, c'est délicieusement absurde et cinglant. Et la nouvelle qui fait plaisir c'est qu'il existe un Wilt 2 ou comment se débarrasser d'un crocodile, de terroristes et d'une jeune fille au pair mais aussi un Wilt 3 et même un Wilt 4 ou comment échapper à sa femme et à ses quadruplés en épousant une théorie marxiste.
Je conseille (si j'étais chef de l'état j'obligerais ^^).