C'était un vendredi, il y a trois semaines, presque un mois. C'était LE vendredi.
Je m'étais levée tôt, préparée rapidement et brossée les dents. J'ai toujours peur qu'on sente que je suis réveillée depuis peu lorsque je réponds au téléphone. Je veux faire comme si. Comme si j'étais le genre de personne lève-tôt, prête avant 8 heures du matin. Comme si je n'avais pas de problème pour sortir du lit. Comme si j'avais une occupation, un travail ou des enfants. Comme si je n'avais pas le temps de rester au lit le matin ou de lire au soleil sur mon balcon. Je veux paraître fraîche alors que je viens d'ouvrir les yeux. Enfin surtout ce vendredi-là.

Il était donc relativement tôt pour moi et j'étais parfaitement prête. Le téléphone était posé à côté de moi et je spéculais sur l'heure à laquelle il sonnerait. Est-ce que ce serait avant 10 heures ? C'était possible les DRH sont des gens occupés donc à leur bureau tôt le matin. Mais d'un autre côté, pour me fixer le rendez-vous, ils avaient attendu 17 heures un vendredi soir. Le champ était largement ouvert.
Je ne voulais rien entreprendre pour être libre au moment où... ça devait être MON vendredi. J'étais prête. Je faisais semblant de m'occuper, de lire ou regarder la télé mais gagnée par le stress et l'impatience, j'étais incapable de me fixer sur quoique ce soit. J'allumais l'écran du portable toutes les minutes secondes pour voir si je n'avais pas raté l'appel, ce qui ne servait à rien. Je ne pouvais simplement pas m'en empêcher.
Je n'en pouvais plus d'attendre, d'imaginer la conversation, la réponse. Fantasmer. Je voulais que ça sonne, absolument. J'envoyais des ondes positives, des ordres à mon portable, des prières, des supplications.
La journée est passée lentement. J'attendais. Vers 17h30 je me suis dit que quand même ils étaient pas pressés de me dire si oui ou non je faisais l'affaire pour le poste, si j'étais embauchée. Ça aurait dû être MON vendredi.
Mais ils n'ont jamais téléphoné, ni écrit, ni envoyé de mail ou même un texto. J'ai arrêté d'attendre.