Les semaines passent rapidement, les jours s’effacent comme de la buée sur la vitre, facilement, beaucoup trop facilement. Je n’ai pas le temps de l’utiliser ce temps. Une fois rentrée, la nuit est tombée, les tâches quotidiennes à accomplir et à dix heures et demie, la fatigue me tacle d’une balayette bien sentie. C’est foutu, j’ai gâché mes rares heures de libre.
Depuis le début de la formation je n’ai pas eu le temps d’écrire une ligne. J’ai bien écrit quelques articles mais rien de plus. Des idées ont fusé dans mon esprit. J’en arrive même à oublier que je les ai notées, avant qu’elles ne s’évaporent, dans mon portable ou dans un coin du carnet.
La fatigue me fait tout oublier. Et les jours ne sont jamais assez longs. Ni pour lire et écrire, ni pour regarder des films, ni pour profiter au fond d’un lit sous une couette.
Mais il y a toujours le temps pour se soucier. Du futur, de l’avenir. De l’après.
Et bien trop souvent le temps de s’en angoisser.

Ça j’ai bien le temps d’y penser. En me levant, en me brossant les dents, dans le bus le matin et le soir, en me couchant. Ça pourrait presque m’ôter le sommeil. Mais il est tellement lourd que je ne m'aperçois même pas quand mon homme vient se coucher. Il pourrait s’agir de quelqu’un d’autre, je suis trop loin dans les songes pour m’en rendre compte.
Et même ceux-ci ne sont plus un refuge.
Que faire après ? L’incertitude du travail, du non-travail, du licenciement, du manque de commandes, du manque de clients. C’est l’univers qui gravite autour de moi.
Pour mon homme, rien n’est plus certain. Et pour moi, rien n’est sûr.
Comment envisager sereinement les prochains mois ?
Il faudrait trouver une solution. Mais quelle solution ?
Tout est fait, plus rien n’est à faire. Je me sens oppressée, bouffée, cloitrée. Il faudra travailler pour survivre. Et rarement – trop rarement – pour VIVRE.
L’article de Sous l’oranger ne résonne que trop bien en moi. 

Quel est l’intérêt que tout le temps qui passe ne soit consacré qu’à la survie, aux tâches ménagères, à essayer de ne pas sombrer. Il est fini le temps, bien loin le temps, où j’avais un soupçon de sauvegarde, d’optimisme, de courage.
Le temps ne me laisse que le temps de penser à toutes ces choses. A la certitude d’un monde incertain.
La voix rauque de Bonga emplit la pièce de la douceur africaine. Vos dollars m’exaspèrent.
C’est Causes Perdues et Musiques Tropicales qui résonne.
Je me sens comme une Cause Perdue. Je suis loin d’être la seule.