Cela fait plusieurs mois, cinq très exactement, que je veux écrire un article sur ce sujet... Je n'ai pas oublié ce soir de février où j'ai regardé Le désespoir est dans le pré, docu d'Olivier Delacroix pour France 4.
Très loin de L'amour est dans le pré d'une chaîne concurrente. Noirceur et souffrance étaient au rendez-vous. Dans le monde rural français, David, un agriculteur interrogé, confie que « certains hésitent entre la bouteille et la corde ». Constat glaçant. Et cela ne va pas en s'arrangeant.
Des animaux que l'on laisse mourir car la consultation du vétérinaire coûte plus cher que ce que l'animal pourrait rapporter, les semaines de 70 heures bien souvent non rémunérées, l'endettement, les 10 tonnes de pommes jetées car trop chères par rapport aux fruits étrangers, et le suicide comme première cause de mortalité chez les agriculteurs français. Cela va mal. Très mal. Dans notre beau pays où certains consommateurs achètent de l'ananas en janvier ou des tomates l'hiver, nos agriculteurs crèvent à petit feu, les couples se déchirent, les pères de famille pleurent, les terres sont abandonnées. La passion anime ces travailleurs hors du temps, hors du commun, souhaitant plus que tout vivre de leur travail et pas des aides ou subventions.
Mais comment cette situation agricole déjà catastrophique pourrait s'améliorer quand on regarde un autre documentaire de France Télévisions, Pièces à conviction - Alimentation : la bourse ou la vie ?!
L'ensemble de la planète est concerné. La situation est la même partout. En plus des prix des distributeurs trop bas et des coûts de production (notamment au niveau de l'alimentation des animaux) trop élevés dont il était (principalement) question dans Le désespoir est dans le pré, s'ajoute à cela (au moins) trois autres problèmes majeurs : les biocarburants, la spéculation et les industriels qui veulent s'en mettre toujours plus dans les poches.
Pour les biocarburants, c'est simple. En 2008, l'Europe - alors dirigée par la France – vote une réglementation qui oblige les distributeurs d'essence à ce que celle-ci contienne 10% de biocarburant d'ici 2020. En apparence, belle initiative. Seulement, pour produire ce biocarburant, il faut des terres, beaucoup, beaucoup de terres. Terres africaines ou sud-américaines.
Terres occupées, cultivées par des étrangers, souvent des fonds d'investissements, au détriment d'une agriculture alimentaire pour nourrir les populations locales.
Ainsi un litre d'essence dans votre voiture conduit à aggraver, chaque jour un peu plus, la FAIM dans le monde.

Et vous n'y pouvez rien. Parce que TOUS les distributeurs proposent un produit déjà coupé avec ce biocarburant. Et encore, si celui-ci était VRAIMENT écologique... mais même pas, l'ADEME a, dans un rapport récent, établi que le bilan carbone était même parfois négatif ! Car pour faire pousser ces nouvelles cultures, on déforeste. (sic)
S'ajoute à tout ceci, une merveilleuse chose : la spéculation. Qui aurait pu imaginer que des fonds d'investissements joueraient avec l'alimentaire ? Ils achètent (virtuellement) une grosse quantité de céréales (blé, maïs, soja etc.), font croire que les réserves (mondiales) sont vides, et quelques jours plus tard, revendent à un prix qui a augmenté de 20 à 30% (quand ce n'est pas plus). Toute la filière est touchée, dans le monde entier. Tout est déréglé, mis en péril par des joueurs de poker habillés en costumes et très fiers d'eux.
Les mêmes qui font de l'élevage de poulets, en France puis au Brésil, payant leurs éleveurs avec plusieurs mois de retard, fournissant une viande que l'on imagine plus que médiocre quand on voit que les poussins à peine nés (les coquilles sont encore là) entassés dans des tupperwares en plastique fermés par un couvercle, surpeuplés. Cette marque que je n'achèterais désormais plus.

C'est un pavé que j'ai écrit. Ce n'est pas des reportages que j'ai pu regarder avec distance. Impossible lorsqu'on voit un homme qui pourrait être son père, s'effondrer devant sa famille.
Je ne pouvais pas me taire, car demain les émeutes de la faim pourrait bien avoir lieu dans nos rues.
Je voulais que l'information circule, qu'un maximum de personnes sachent. Savoir pour agir. Cela ferait trop plaisir aux cardinaux en costume de ne rien faire, ne rien dire.
L'agriculture est quand même à la base de la survie de l'espèce, ce métier où plus on travaille, moins on gagne, où l'autonomie alimentaire est de plus en plus une utopie, nous, consommateurs, pouvons agir.
(vous pouvez cliquer partout où c'est souligné)