Depuis quelques années, au Canada, une famille expérimente l'éducation de ses enfants en utilisant le concept de no sex. Rien à voir avec une quelconque abstinence. Leurs enfants sont simplement élevés sans sexe, pas de sexe biologique (homme/femme) qui pourrait engendrer des comportements typiques d'un genre sexuel (masculin/féminin).
Un courant venu des Etats-Unis, les gender studies, étudie les relations et les corrélations entre le sexe physiologique et genre sexuel*1, venant tout droit du féminisme et démontrant qu'il est inutile de pouvoir espérer une égalité homme/femme car admettre une différence de sexe revient à accepter le patriarcat, l'asservissement des femmes, etc.*2 et donc la domination masculine.
«Je ne nie pas la différence des sexes, mais je cherche à comprendre pourquoi, en son nom, on a construit un système inégalitaire et discriminant.» explique Françoise Milewski*3
Alors forcément si tout est foutu dès le départ, pourquoi ne pas utiliser cette solution d'oublier la séparation de la société en deux sexes, faire comme dans le couple de Kathy et David et laisser aux enfants le choix de devenir ce qu'ils voudront. Ainsi leur aîné (âgé de 5 ans) porte indifféremment cheveux longs et robe que coiffure courte et pantalon...
Cela afin de lutter contre les standards qui font qu'un garçon doit jouer à la guerre et ne surtout pas pleurer et qu'une fille doit s'amuser avec des Barbie et s'habiller de rose.
Le genre, appelé dans l'article du Point, « le sexe social », qui définit les conduites que l'on attend habituellement d'un homme ou d'une femme. Selon la journaliste, l'individu « devrait pouvoir choisir de devenir un homme émotif adorant faire le ménage ou bien une femme amatrice de rugby, reine de la lecture de cartes routières, ou l'inverse, ou les deux, ou l'un après l'autre, ou tout à la fois »*4

En lisant cette enquête, je comprenais mais je ne me sentais pas très concernée. Depuis toujours, je n'ai pas ce sentiment d'être enfermé dans mon sexe – social ou biologique. Je me sens moi. Moi, petite qui aimait jouer aux Lego comme aux micro-machines mais qui avait pourtant des poupées Barbie. Moi plus vieille qui aimait autant aller au stade voir un match de foot dans un virage que danser en boîte. Qui lit correctement les cartes routières mais qui aime faire à manger. Jouer aux jeux vidéo ou lire un Marc Lévy. Et pourtant je ne me suis jamais posée aucune question du style « mais suis-je bien une femme ? », je n'ai jamais subi de réflexions parce que je jouais aux Lego, je n'ai jamais été exclu d'un clan comme d'un autre malgré des activités opposées. Il me paraît stupide de penser que j'ai pu être la seule à avoir un tel schéma éducatif. Car tout vient de là et mes parents ne m'ont jamais forcé à faire de la danse parce que les filles font ça ou à arrêter tel jeu car c'était un jeu pour garçon. Je me sentais libre. Et je me sens toujours libre aujourd'hui. D'aller voir un film de guerre ou me faire les ongles, ou les deux en même temps.
Mais ce qui me gêne dans cette expérimentation d'être éduqué no sex, c'est que l'enfant risque de ne plus savoir où il en est justement, il n'y a plus de construction d'identité sexuelle alors que pourtant il est bien né avec un seul sexe biologique. Je pense que cette solution est un brin trop radicale.
Il me semble possible d'élever un enfant avec un sexe biologique bien défini tout en lui laissant la liberté de choisir des activités qui ne dépendront pas d'un quelconque sexe social.
Et vous que pensez-vous de cette nouvelle façon d'éduquer ? Dans l'avenir comment se présenterons ces enfants ?

*1 Gender studies, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gender_studies
*2 La famille où les enfants n'ont pas de sexe, Le Point, n°2027, p58-60, par Émilie Lanez
*3 La famille où les enfants n'ont pas de sexe, Le Point, n°2027, p58-60, par Émilie Lanez – Françoise Milewski est économiste au centre de recherche en économie à Science Po
*4 La famille où les enfants n'ont pas de sexe, Le Point, n°2027, p58-60, par Émilie Lanez