J'ai pleuré tout le week-end. Enfin jusqu'à dimanche. Dimanche, j'ai regardé des films. Je me suis noyée dans la créativité des autres.
Pour oublier la mienne qui ne grandit pas, celle qui n'arrive pas à sortir. Qui reste pour l'heure au rang d'idéeS. Celle qui occupe mon cerveau, déjà bien encombré. Mon cerveau qui pense, qui ressasse, qui m'emmerde. Qui demande "pourquoi" et qui me murmure "tu t'es trompée..."
Ecrire Pourquoi en lettres de sang sur les murs blancs. Hurler. Une douleur terrifiante mais grandissante. Pourquoi est-ce que ça ne marche jamais ? Pourquoi que je n'ai jamais aucune chance ?  Pourquoi est-ce que j'ai fait les mauvais choix ? Qu'est-ce qui a coincé, à quel moment ? 
Je repars dans le passé. Seconde. Première Economique. Terminale. BAC. Ce  fameux diplôme qu'il fallait absolument avoir pour espérer un jour travailler. Puis la fac. Communication. Information. On a juste oublié de m'informer que des débouchés, il n'y en avait pas. Mais c'était trop tard quand je l'ai appris. A la fin. Puis l'IUFM. Je suis certaine que mes parents regrettent de ne pas m'avoir obligée à faire instit. Et à force de galères, je me dis que j'aurais dû faire ça, qu'aujourd'hui, j'aurais peut-être un poste mais j'aurais au moins un salaire. C'est surtout ça qui compte pour eux car apparemment je suis une charge. Il est vrai que je ne suis pas à 100% autonome. Seulement à 80...
Après des recherches, des candidatures, des rendez-vous à Pôle Emploi, des lettres, des CV, des contacts, des plans "sûr ça va marcher tu vas voir". Des tonnes, des kilomètres. Pour mes parents, je n'en ai pas envoyé assez, pas aux bons endroits, pas de la bonne façon. Je n'en fais jamais assez. Et ce n'est jamais assez bien.
Une nouvelle formation. Une auto-entreprise qui ne démarre pas. Là encore, d'après eux, j'ai mis trop de temps à créer mon statut, trop de temps pour faire mes cartes. Je prends trop mon temps. 
J'en ai marre des faux départs, des remises à zéro, des projets avortés avant même qu'ils soient conçus. Tous ces plans qui n'ont pas marché, qui m'ont abandonné. Comme celui d'être publiée, d'un livre. Elle me reproche même de ne pas avoir écrit le roman qu'on m'avait demandé. Elle croit sans doute qu'un roman s'écrit comme ça, en deux jours, sur un claquement de doigts entre une vaisselle, un cours d'informatique et une caresse au chat.
Et puis les regrets... grandissants. Obsédants.
Une filière technique que j'aurais dû faire. Ou pourquoi pas l'armée. A la réflexion, ça ne m'aurait pas déplu. Et surtout, le droit, la magistrature. Juge. Psycho aussi. Au moins, j'aurais peut-être un cabinet. J'en ai déjà parlé ici mais plus d'un an après - presque deux en fait - rien n'a bougé. Rien n'a changé. J'ai tenté. Je veux me prendre en main mais je ne sais pas quoi faire. Quel métier ? il n'y a rien.

Le naufrage me semble plus proche que jamais. Les douleurs sont incessantes. Lancinantes.
Ils me considèrent comme une feignante, une peureuse. Mais d'un autre côté, quand je parle de faire des ménages ou d'être caissière, ils crient au scandale "mon dieu non mais tu vas pas faire ça, avec les études que tu as faites". Tout ça me semble insoluble. 
Oui je veux faire un métier intéressant. Mais il n'y en pas.
Oui je veux avoir un salaire fixe. Mais je ne sais plus où chercher. 
Pourquoi est-ce qu'une seule fois, les choses ne pourraient pas marcher pour moi ?!