Alice, jeune femme de 25 ans, mène une vie instable, dans l'incapacité de construire quelque chose, elle est souvent victimeFractures d'absences plus ou moins longues, elle se réveille sans jamais se souvenir de ce qui s'est passé... Depuis un an, elle suit une intense psychothérapie prodigué par Luc Graham, pyschiatre compétent mais plutôt sombre. Alors que les résultats de son analyse approchent, un dernier test va tout faire basculer. Un chemisier rouge de sang dans sa baignoire. Un homme nu en état catatonique au pied d'un abri bus. Une photo de Dorothée, décédée il y a 10 ans, prise il y a 6 mois. Tout s'emballe. Un gouffre s'ouvre devant Alice, la folie est là, prête à l'envahir.  Mais elle est résolue à tout comprendre, coûte que coûte.

Fractures fait partie de ces romans dont il est difficile de produire un résumé exhaustif tant les personnages sont nombreux, complexes. Tant l'intrigue se révèle intense, fournie. Dans ce roman, on suit donc le personnage d'Alice qui essaye de reconstruire avec l'aide d'une assistante sociale et d'un bénévole, ses trous noirs, ses moments de vides qui la laissent perplexe et plus angoissée  à chaque fois. On plonge avec impatience et appréhension dans la folie pure. Franck Thilliez amène parfaitement les choses, déposant des indices tout le long mais sans jamais laisser au spectateur deviner l'ampleur du phénomène (je ne me vois pas l'appeler autrement sans en dire trop sur l'histoire).  Il est évidemment très intéressant, d'un point de vue psychologique de découvrir les moyens que l'esprit met en place afin de se protéger, de se blinder, de grandir, de vivre.  
C'est très très bien écrit, le récit alterne les personnages au fur et à mesure des chapitres, permettant ainsi de s'attacher beaucoup plus facilement à eux. J'ai notamment beaucoup aimé le personnage de Blandine, la mère d'Alice, emmurée dans une souffrance et une impuissante terrifiante, et Mirabelle, mystérieuse masseuse de pieds pour le père d'Alice... 
Ce n'est d'ailleurs pas vraiment un roman policier car, à la base, il n'y a ni meutre ni enquête de police... Mais le suspense y est incroyable, total, impossible de refermer Fractures sans avoir lu les dernières lignes car, du moins dans mon cas, je n'ai rien pu deviner avant la fin. J'essayais d'échafauder des théories, de comprendre comment tout s'emboitait mais c'était peine perdue tant le roman est bien amené, bien construit gardant les révélations pour les dernières limites. A ce sujet, celles-ci sont incroyables. L'épisode du début, situé pendant le massacre de Sabra et Chatila au Liban en 82 (la veille j'avais regardé Valse avec Bachir qui se passe exactement au même moment et le lendemain, j'ai ouvert Fractures sans connaître le contenu du premier chapitre...), se retrouve complètement chamboulé et apporte la première pierre d'un édifice fou. Elles sont incroyables mais pas démesurées, ni tirées par les cheveux, elles sont terribles mais me paraissent possibles...

Fractures est un polar de qualité au suspense soutenu, sans temps mort, qui bénéficie de personnages riches et complexes, l'héroïne, Alice est évidemment très attachante, on s'identifie à elle, on l'accompagne, on veut savoir qui et pourquoi on lui a fait autant de mal. L'énorme avantage de ce livre est l'envie de comprendre, de démêler ce sac de nœuds, d'enfin en finir de cet entrelacs de possibilités ; tout ça servi par une écriture efficace, soignée, où la violence est presque uniquement psychologique, c'est un thriller à la hauteur. On peut y voir une ressemblance avec le dernier roman de Grangé, Le passager, dont le sujet est également sur les méandres de l'esprit, mais Fractures est pour moi bien meilleur (même si je reste fan de Grangé depuis longtemps), il n'y a pas cette fin tordue et qui m'a paru si facile dans Le passager.