La lumière de la salle de bains était allumée, j'aurais préféré qu'elle soit éteinte. J'avais les jambes qui tremblaient avant de décrocher. Je savais. Je sentais. C'était hier, une heure ou deux après notre retour de l'ile Maurice. Retour fracassant dans la réalité. Lundi, mon grand-père est mort. Eteint. Parti. Plus jamais là. Je ne suis pas dans ma famille, je rentre demain. Je n'ai pas envie. C'est très égoïste mais je ne veux pas être confrontée à la souffrance de ma mère, ma sœur, ma grand-mère. Je repousse les larmes, la peine est là. J'a des images de lui qui défilent devant mes yeux, qu'ils soient ouverts ou fermés. Dans la voiture, aux repas de famille, en pique-nique, à Eurodisney, la dernière fois que je l'ai vu, il y a 15 jours, des milliers de moments qui ne quittent pas mes yeux. Je vois le reste mais ces images s'affichent en surimpression. 
Je ne voulais pas partir, tout le séjour j'avais la douloureuse impression qu'il allait se passer quelque chose de grave pendant que je ne serais pas là. C'est arrivé. Je pense au fait que je m'amusais quand ma mère était à son chevet à l'hôpital, que j'étais heureuse quand il est parti. J'étais peut-être sur la plage ou au restaurant. Je vivais alors que lui mourrait. 
Un cœur de fleurs est prévu pour la cérémonie de la part des petits-enfants, je me rappelle sa lettre avec sa demande d'incinération et le reste. Je ne comprends pas. Je suis loin. J'ai du mal à poser les questions. Je vais rentrer, un flot de larmes m'envahira. Les miennes, celles des autres, je ne me sens pas assez forte pour. Le début d'une absence à appréhender, apprivoiser. Je suis triste mais je me retiens. Le voyage à l'île Maurice me paraît tellement loin. Les cadeaux sont dans la valise, je lui avais acheté des timbres, je lui ai écrit une carte postale. Je n'arrive pas à y croire.