Bye Bye BLondie

Bye Bye Blondie, c’est l’histoire de Gloria, trentenaire écorchée, qui erre de bar en bar, d’histoires en histoires ; des histoires qui finissent toutes plus ou moins de la même façon, Gloria est tellement chiante que le mec, malgré l’amour infini qu’il lui porte, la fout dehors. Gloria est comme ça, colérique, haineuse, son avis est très tranché sur les gens. Gloria est une combattante et pas seulement au sens figuré, elle cogne, souvent, beaucoup, n’importe qui. Ado, elle a été internée dans un hôpital psychiatrique pour ne pas s’être laissé faire quand son père l’a cognée une nouvelle fois. Son look de punkette a aussitôt accroché le regard d’Eric, jeune bourge lui aussi interné. C’est le choc des mondes et c’est l’amour fou.
Aujourd’hui, à Nancy, Gloria tombe sur Eric, pas vu depuis 20 ans…

J’étais curieuse de lire du Virginie Despentes, j’avais envie de savoir ce que ça donnait, si c’était à ce point-là sulfureux, choquant.
Commençons par le positif, j’ai beaucoup aimé l’histoire d’amour entre Gloria et Eric, ce côté fuite avant de leur adolescence, à l’époque où vivre dans la rue avait un côté trash et sulfureux, leur volonté de vivre leur amour quoiqu’il arrive. J’ai aimé les sentiments qui refont surface, cette nouvelle chance. On sent qu’Eric et Gloria s’aiment vraiment, un amour touchant.
Sur 330 pages, on découvre à travers un flash back leur première histoire d’amour, leurs retrouvailles et le début de leur deuxième histoire. C’est assez fluide, ça fait très naturel, même si on n’est jamais vraiment surpris de ce qui arrive.
Par contre, le style est assez spécial et ça m’a plusieurs fois fait buter sur les phrases. C’est écrit comme on parlerait, beaucoup de mots du langage familier, parfois une absence de virgule, rien que des mots qui se suivent. C’est assez déstabilisant.
Pas vraiment de sulfureux dans cette histoire, y a bien quelques phrases un peu crues mais franchement ça casse pas trois pattes à un canard. Mais là, où je n’ai vraiment pas accroché, c’est au personnage de Gloria, c’est finalement assez embêtant d’avoir envie de gifler l’héroïne…
Gloria traîne comme une âme en peine, sans boulot, sans ami, sans avenir, juste l’alcool pour oublier. On a envie de comprendre comment elle en est arrivée là. On pense à l’HP. Un épisode de quelques mois où rien n’arrive si ce n’est sa rencontre avec Eric. Sa famille l’aime plus ou moins mais ne sait pas comment faire. Elle pouvait s’en sortir. Elle pourrait s’en sortir. Mais elle refuse le système en bloc mais accepte de toucher le RMI. Elle hurle sans cesse sur ceux qui l’aiment avec juste l’envie de tout péter. Elle pousse Eric dans ses retranchements alors que tout pourrait être bien. Gloria ne sait pas être heureuse, n’essaye pas, ne change pas, ne s’améliore pas. Tout le monde doit la subir et c’est tout. Pas une seule fois, Gloria ne s’interroge, ne se remet en question. On ne sent aucun optimisme, que de la fureur.
Je ne suis pas du tout arrivée à m’attacher à son personnage, à son histoire, on ne la plaint même pas car les ¾ du temps, c’est elle qui s’est mis dans cette galère, même quand il lui arrive quelque chose de bien, elle continue de faire la gueule…
J’ai fini le livre car Bye Bye Blondie se lit plutôt vite, c’est bourré de punk et de bières, et y a quand même un peu de bien dedans.

« Il aimait son attitude, sa brutalité – lui aussi – ses yeux trop pâles et ses cheveux blonds. Il aimait sa façon de regarder les pochettes de disques, en les retournant dans tous les sens, de poser des questions saugrenues. Il aimait qu’elle soit amoureuse, et malheureuse en amour, entièrement, qu’elle se brûle et qu’elle en crève… et qu’elle fasse du bruit, en tombant. Elle lui ressemblait, en version fille des années 80, tel qu’il l’avait été, gamin. Il se sentait seul, à cette époque. Beaucoup de morts, d’autres quittaient la ville pour la capitale, ou pour d’autres pays. Sa douce l’avait quitté pour un autre, l’année d’avant, il ne s’en remettait pas bien. Trop d’orgueil, cependant pour l’afficher. Il aimait cette Gloria, punkette blondasse à joues d’enfant, qui tirait la gueule dans les bars et cherchait son amour partout. » Bye Bye Blondie, Virginie Despentes, p. 171, éditions Grasset