Je rêve d'apocalypse. Je rêve que la maison familiale est à New York, d'un coup le soleil s'éteint, quelques heures de noir total. Les rues sont vides, les gens savent que c'est la fin du monde. Le sol tremble doucement. Les gens fuient dans les collines boisées, sentant le pin, les fougères et les arbousiers, c'est juste au-dessus de la ville. Ils fuient le flux et le reflux de l'océan, apeurés par l'eau, par sa puissance, par sa capacité de destruction.
Je rêve de mon grand-père mort, il est assis à la table, autour d'un repas chez mes parents où mes voisins ont aussi été invités. Il sourit.
Mes nuits sont entrecoupées de longs rêves éprouvant, je me réveille fatiguée d'avoir couru en tous sens après mes utopies nocturnes.

L'égoïsme de ma grand-mère m'écoeure. Elle refuse de venir à Noël, préférant rester seule chez elle, à pleurer et se morfondre. Elle croit que pour nous, ça ne sera pas difficile ?
Elle ne pense pas à ses deux filles qui auront l'impression d'avoir perdu deux parents. Elle ne pense pas à ce qu'aurait souhaité Papi. Elle ne pense pas à profiter de ses dernières années avec sa famille, car il faut être réaliste, à 87 ans passés, on sait que l'on se rapproche plus de la fin que du début, elle n'a pas envie d'être bien entourée par ceux qui l'aiment. Je l'adore mais elle a toujours été une grande pleureuse, en plus d'être extrêmement autoritaire, elle décide, on plie. Et dans de telles circonstances, c'est encore pire, c'est décuplé.
Noël risque d'être long et compliqué, il faudra faire avec deux membres en moins, il y aura forcément des pleurs. Il faudra boire deux fois plus pour paraître joyeuse. Il faudra faire avec. Il faudra surtout faire sans.