Attention Contenu Ecrit Sexuellement Explicite et Article Long ^^

Je l'avais déjà dit il y a Cinquante nuances de Greyquelques temps mais j'avais envie de lire ce fameux Cinquante nuances de Grey, histoire de voir ce que ça donnait.
Anastasia Steele est étudiante en dernière année, son truc c'est la littérature, les classiques anglais, mais pour aider sa colocataire et meilleure amie, Kate, elle accepte d'interviewer un (très, très, très) riche chef d'entreprise, Christian Grey. Dès la première rencontre, l'électricité entre Ana et Christian est palpable, seulement Christian n'est pas aussi sage et propre sur lui qu'il ne le laisse paraître. En effet, le monsieur a une très forte tendance au sadomasochisme et à la domination. Ana et Christian vont entamer une relation passionnée mais on ne peut plus complexe. 

Comme tout le monde le sait, Cinquante nuances n'est pas seulement une romance, c'est aussi un roman qui se veut érotique, c'est également le roman le plus vendu au monde en 2012... Hé oui, Fifty Shades a dignement repris le flambeau de la saga Twilight !
Car impossible de ne pas voir de similarités entre les deux sagas : des histoires d'amour compliquées, voire impossibles, une héroïne aussi charismatique qu'un escargot (non je n'ai rien contre les escargots !), un héro magnifique/merveilleux/exceptionnel (les qualificatifs manquent), et ils sont presque aussi imbuvables l'un que l'autre !! Mais autant être honnête tout de suite, j'ai pris plus de plaisir à lire ce premier tome de Cinquante nuances d'E. L. James que Fascination de Stephenie Meyer. L'écriture est un poil au-dessus, c'est malheureusement encore écrit à la première personne, il y a toujours énormément de répétitions, et contrairement à Edward qui m'avait totalement exaspéré durant toute la saga, Christian Grey est plus intéressant. L'auteur réussit d'ailleurs à installer un certain suspense autour de ce personnage, on a envie d'en savoir plus sur qui il est, pourquoi il refuse qu'on le touche, d’où viennent ses cicatrices et qui sont réellement ses parents. Car ce point-là est à mon sens plus intriguant, plus prenant que le fait que son kiff soit les jeux sexuels SM ; Ana est persuadée qu’il y a une raison profonde à ses penchants, venue de l’enfance mais je n’en suis pas certaine.

 Ca reste beaucoup moins indigeste que la lecture de Twilight. Mais (vous ne pensiez tout de même pas que j'allais être aussi gentille ?! lol) le gros gros point noir de ce roman est son héroïne. Maladroite, pas du tout sûre d'elle, naïve, coincée, elle rougit deux fois par page (sur 550, ça fait beaucoup de fois !). Elle ne se connaît aucune qualité, aucun point positif, elle se demande sans cesse comment Grey peut s'intéresser à elle et cela se ressent dans le récit avec des phrases réductrices pour l'héroïne. Par exemple, en pleine scène de sexe, l'héroïne nous sort un "comment est-il possible que je le sente jusque ?", n'osant pas nommer son sexe et juste après elle nous sort une phrase "il accélère, me pilonne (?) de plus en plus vite". Pour moi, il y a trop de différences entre le cru de scènes de sexe et l'héroïne archi-prude et vierge ! Elle a plus de 21 ans et son premier vrai baiser est avec Grey, page 92…
Oui parce que ça, c'est aussi un point que j'ai trouvé peu crédible dans le mélange romance/roman érotique/roman SM. Ok dans les trucs érotiques, c'est kiffant pour certains d'avoir une héroïne vierge mais en général, elle n'est pas complètement coincée ; inversement, dans les trucs romantiques, on ne risque pas d'avoir des scènes de sexe très décrites et super crues comme ici. J'ai plusieurs fois pensé à La bicyclette bleue et à Léa, l'héroïne sexy, il y a beaucoup de sexe dans ces romans et cela colle très bien avec le personnage. Là, il y a quelque chose qui me gênait, c'était trop contradictoire, sa copine Kate embrasse passionnément son copain, Ana pense « Bon sang… prenez une chambre ! » - p. 98. Et juste après ou avant, on a une scène de sexe décrite dans ses moindres détails.

C’est tellement gros, qu’en un seul week-end, elle passe de vierge à madame deux orgasmes minimum… or, toutes les femmes le savent, la connaissance de son corps, de son plaisir, prends-bien plus qu’un week-end. Tout comme le fait de s’abandonner totalement à un homme, d’avoir une absolue confiance en lui n’apparaît pas comme par enchantement lors de la première relation sexuelle, encore moins quand c’est la toute première de sa vie. J’aurais apprécié plus de crédibilité sur ce point-là, en nous proposant une héroïne non coincée et qui découvrirait, disons plus naturellement, ce qui la fait vraiment kiffer.
Je vous passe les phrases ridicules "Toi aussi, tu t'agrandis" - p. 134, "C'est tellement gros, et ça grossit encore !" - p. 153, je vous laisse deviner de quoi ça parle ! Tout comme, les phrases où le surnom bébé est largement employé "Goûte-toi. Suce. Suce fort, bébé" - p. 349,  non mais WTF ?!! C’est quoi ce délire de l'appeler bébé en pleine scène de sexe ? Et ça arrive plus d'une fois...

Ana manque cruellement de jugeote à de nombreuses reprises : d'abord, elle s'extasie plus d'une fois sur le fait que Christian sente le propre et la lessive...! à chaque fois, j'arrêtais ma lecture, perplexe, en me disant "non mais elle s'attendait à quoi ?!". Et puis, surtout, quand elle découvre que Grey a connu la position de soumis avec une amie de sa mère (bien plus vieille que lui) alors qu’il était adolescent, elle pense immédiatement – et en reste convaincue jusqu’à la fin – qu’il a été abusé dans son adolescence… je sais bien qu’aux Etats-Unis, la position sur ce sujet est différente de la notre mais là quand même…
Autre point notable qui m’a dérangé, c’est que l’héroïne a besoin de l’homme pour s’accomplir : avant lui, elle n’était rien et c’est uniquement grâce à lui, qu’elle devient ce qu’elle est. Ce point de vue est absolument rétrograde et conservateur. Dire que des millions de femmes ont lu ce livre qui prône cette position de la femme… Ana considère Grey comme son sauveur, un véritable chevalier « Oh mon dieu – qu’est-ce que je ne ferais pas pour être à lui ? C’est le seul homme qui m’ait jamais excitée. Et pourtant, il est exaspérant, difficile, compliqué, déroutant. Un instant il me repousse, l’instant d’après il m’envoie des livres à quatorze mille dollars et me traque comme un harceleur. Et malgré tout cela, je viens de passer la nuit dans sa suite et je me sens en sécurité. Protégée. Il m’aime assez pour me secourir quand il me croit en danger. Ce n’est pas un chevalier noir mais un chevalier blanc dans une armure étincelante, un héros de roman, un Gauvain ou un Lancelot. » p. 82
Elle devient rapidement dépendante de lui, donnant l’impression de ne rien pouvoir faire seule (ou presque).

L’autre plan un peu dérangeant est le côté formel de la relation SM que Grey veut entreprendre avec Ana : il prépare un contrat digne des plus grandes fusions-acquisitions de l’histoire ! L’attitude soumise qu’Ana doit adopter est absolue et complète, c’est-à-dire qu’elle a lieu à la foi lors de leurs jeux sexuels mais également pendant tout le temps où ils sont ensembles, il veut pouvoir lui donner des ordres et la contrôler à l’extrême, les colères de couple sont parfois mêlées au sexe. Cela évidemment m’a gêné car ça rejoint le côté soumis du livre, la femme contrôlée par l’homme, c’est finalement assez sexiste comme point de vue.

Néanmoins, malgré tout cela, j’ai trouvé que le roman se lit très facilement, qu’on se rassure les scènes de SM sont vraiment softs ! il n’y en a à peine qu’une ou deux… J’ai aimé les dialogues entre les personnages, notamment quand Ana est à distance de Grey, elle possède une vraie répartie, il y a pas mal d’ironie et d’humour et Grey est moins con et arrogant que je ne le pensais au départ.
Je compte lire le second tome, Cinquante nuances plus sombres, principalement pour en apprendre plus sur Grey, j'aimerais d'ailleurs qu'Ana disparaisse et qu'on suive Grey dans une autre relation ou dans son cheminement après sa rupture avec Ana (je ne trahis pas ici un grand secret, le résumé officiel du deuxième opus annonce cette séparation depuis plusieurs mois).