Elle s'était préparée, fait belle, elle l'attendait. Elle s'était rasée de près, elle avait enduit son corps d'une lotion au miel, c'était doux, elle aurait la peau sucrée. Il adorait ça. Elle était vraiment belle, totalement désirable.
Il était entré, il lui avait sauté dessus presque immédiatement. Ils avaient fait l'amour, ça avait été sauvage et brûlant. Du vrai sexe torride. Elle le désirait depuis trop longtemps, elle était en manque, elle avait fantasmé sur tous les mecs qu'elle avait croisé sur la route du retour. Mais c'était avec lui qu'elle voulait coucher. Elle LE voulait. Elle l'avait eu.
C'était il y a plus de deux heures, depuis, tout avait dégénéré. Elle ne savait même plus comment tout était parti. Mathieu lui avait encore dit « et toi tu as vu comment tu me parles ? »
La soirée avait fait pschitt, ils avaient crié, hurlé. Heureusement que la maison la plus proche était à 200 mètres de la leur. Ils s'étaient insultés, des reproches, des regrets, des insanités, des vérités. Des efforts qui ne venaient jamais. Des trahisons.

Il faisait vraiment nuit maintenant. Emmanuelle avait peu à peu sombré dans la folie, au milieu des larmes, elle ne savait plus le vrai du faux. Qui était le diable dans l'histoire ? Était-elle vraiment aussi méchante ? Ou était-ce Mathieu, le pervers narcissique ? Celui qui en société était le compagnon idéal, tendre et aimant mais plus le même entre les quatre murs de leur domicile. Affabulait-elle ?
Elle ne savait plus si c'était elle qui lançait le combat, si ce qu'elle était disait été vrai, sensé ? Juste ? Elle souffrait, ça elle en était pleinement conscience.
Elle en avait marre de hurler, marre que tout se passe si mal, que tout soit si compliqué. Elle avait envie de se retrouver enfermée sous le jet brûlant de la douche. D'ailleurs, rien ne la retenait, Mathieu était parti se coucher. Emmanuelle ne pourrait pas en faire autant dans cet état, trop de colère et trop de fatigue.
Elle se déshabilla, laissa la salle de bains se remplir de buée et frissonna en se glissant sous le rideau d'eau chaude. Elle était en train de se savonner quand son portable sonna, elle voulait savoir qui l'appelait au milieu de la nuit. Elle ferma le robinet, fit coulisser la porte en verre de la douche, posa le pied droit sur le carrelage chocolat de la salle de bains. Le sol était trempé, tout son poids reposait sur ce pied droit, la jambe gauche était levée derrière elle, en mouvement.
Le bout du pied d'Emmanuelle glissa, une demie seconde pour une chute. Sa tête rencontra le coin d'un muret en béton.

Son corps nu, ruisselant, couvert de la mousse d'un gel douche à la framboise était immobile. Les pointes de ses cheveux mouillés et collés ensemble, au milieu de sa chevelure blonde presque blanche, lisse, une corolle rouge était en train se former.
C'était fini. Terminé. Il n'y aurait plus jamais de scènes, de larmes, de cris. Il n'y aurait plus jamais d'affrontements. Elle ne saurait jamais si elle était folle ou non.

Mathieu la trouverait le lendemain, le carrelage serait recouvert de sang séché. Morte sans un cri.