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C'est l'odeur d'un tas d'herbes qui brûle dans la froideur d'un matin de novembre, cette senteur si caractéristique fumée et glacée de rosée. Rappelant une senteur d'enfance, de labeur au jardin, de la terre sous les ongles dans une doudoune chaude et un peu trop grande, un labeur agréable avec la promesse d'un retour après la nuit tombée devant un feu de cheminée. 
C'est le soleil qui décline, teintant tout le paysage d'une lumière crépusculaire, annonçant la fin du jour alors que l'après-midi n'est même pas fini. Une teinte de fin du monde, apocalyptique avec du gris foncé partout, et à l'horizon, au loin une bande de lumière, un morceau d'éclaircie, l'espoir d'un lendemain moins pluvieux. 
Ce sont les champignons qui poussent et apparaissent au grand jour, avant le froid rugueux de l'hiver. Les sanguins sous les aiguilles de pin et la mousse. Les cèpes et leurs chapeaux dodus sous les feuilles de bouleau et de hêtre, des petits champignons tout ronds. 
Ce sont les week-end bien au chaud, trop tôt pour le ski en montagne, trop tard pour la baignade en mer, comme un instant entre deux temps, une saison immobile où le chat préfère rester à l'intérieur. Un temps où je veux bien m'aventurer dehors, dans les bois, respirer les feuilles tombées, le houx et les arbouses, voir la forêt se métamorphoser. Mais c'est un temps où je ne veux pas m'aventurer dehors pour aller chez des clients, enfiler mon manteau, remonter les rues gelées, balayées par le vent d'Est qui apporte la pluie. 
C'est le temps d'un moment qui s'écoule plus doucement que le reste, qui prend son temps pour installer la fin de l'année, la dernière saison avant la relève.