Samedi soir. La fumée avait envahit l'espace, la foule se dirigeait vers la sortie, euphorique je gagnais l'extérieur, les oreilles bourdonnantes et les cuisses douloureuses d'avoir passée 2h30 debout à gigoter. IAM était en concert, IAM avait la pêche et a envoyé du bois ! 
IAM casse la baraque avec des lyrics tonitruants.
J'ai découvert IAM quand j'avais 8/9 ans, dans la Peugeot 205 sacré numéro vert menthe de mon cousin avec Regg'Lyss et Mets de l'huile et puis IAM et Je danse le mia. Une claque. Le flow, le rythme. 

Je danse le mia, pas de pacotille, chemises ouvertes, chaînes en or qui brillent.
Ma rencontre avec le rap, ma rencontre avec IAM. J'ai laissé passer un peu de temps, à 9 ans je n'achetais pas de cds de rap, j'y suis revenue à l'adolescence dans un esprit de rebellion et parce que j'aimais vraiment ça. Et aujourd'hui, dans le rap, en très bon, il n'y a pas photo, il n'y qu'IAM. 

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Et IAM en concert, c'est juste de la bombe. 
Cette soirée était géniale, le rythme, le son, les textes précis, ciselés, fins, tranchants, l'énergie puissante, dégagée par le groupe sur la scène. Akhenaton, Shurik'n, Imhotep, Kephren et Kheops ont proposé un concert de qualité, un spectacle où les morceaux des deux derniers albums - Arts Martiens et ...IAM - se mélangeaient habillement avec ceux plus anciens d'Ombre est Lumière et de l'incontournable L'école du micro d'argent. Le public réactif, présent, à fond sur les refrains, l'énergie du groupe, le plaisir qu'ils avaient à être sur scène, le plaisir qu'ils avaient à voir les gens chanter "Ouais c'est ça qu'on veut !!" 
C'était monstrueux, c'était puissant, sortie j'avais encore la tête dans le concert. Ils ont une incroyable présence scénique, le public excité sur L'empire du côté obscur ou Nés sous la même étoile, hypnotisé sur Sombres Manoeuvres/Manoeuvres sombres ou Habitude, la scène plongée dans la pénombre avec sur l'écran géant derrière le groupe des courts-métrages, plus que des clips, étaient diffusés. Enflammé et bouchée bée par l'interprétation propre, intense et quasiment a cappella de Demain c'est loin. Le pain au chocolat qui tacle le brave Jean-François (encore lui tiens !)
- Bonjour madame
- Bonjour Jean François ça va ?
- Oui
- Je te sers quoi aujourd'hui ?
- Je voudrais un pain au chocolat s'il vous plait
- Mhmm, tu ne dois pas être au courant mais c'est assez dangereux d'en manger en ce moment.
- Ah bon ?
- Je te suggère plutôt un croque monsieur ou vraiment le plus sur, le rouleau à la saucisse pure porc
Qu’est-ce qu’on peut dire ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Nos ambitions, tant de bouteilles à la mer, amer
On devrait écrire quoi ?
Des couplets maladroits pour terroriser le petit Jean-François
Qu’est-ce qu’on peut dire ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Flirter avec la fille de l’enfer, amer
On devrait écrire quoi ?
Des couplets maladroits pour terroriser le petit Jean-François

Je plane en écoutant IAM, j'ai toujours aimé le rap pour cette façon si particulière et difficile de scander des textes, et j'ai toujours aimé IAM parce qu'ils le font de la meilleure façon qui soit et parce que surtout, leurs textes sont appronfondis, recherchés, travaillés, de la poésie urbaine. Je continuerais à aimer, à les écouter. Je ne peux pas croire une seconde que ...IAM sera leur dernier album. 
Et quand je pense qu'aujourd'hui Laurent Gerra comprend tout de travers et critique des paroles qu'il ne comprend visiblement pas, ça me rend dingue. Mais la réponse  - délicieuse - d'Akhenaton le renvoie quand même bien dans ces buts. Réponse publiée sur la page facebook du groupe : 
Laurent Gerra... Un programme culturel en chemise brune à lui tout seul...

Dans cette vidéo, on peut voir cet humoriste se cacher derrière la voix de Fabrice Lucchini pour dévoiler des idées toutes faites sur IAM (et le rap en général) qui sont réellement les siennes en vérité. Il isole quelques vers d'un texte qui en comporte une soixantaine, et nous livre une explication de texte personnelle.
Ce qui est comique dans l'histoire, c'est que cette personne symbolise bien le refus de la culture populiste de droite de reconnaître que dans le rap on peut souvent rencontrer une dimension poétique, métaphorique ou des rimes au second degré... voire au huitième!
Donc, la rime "Quand la terre où l'on marche est labourée par des molaires, comprenez vous au moins les raisons de la colère?" est comprise par notre ami Laurent le comique au sens littéral, on aurait choisi au hasard le mot "molaire" car le mot "motoculteur" ne rimait pas avec le mot "colère". Ce serait ainsi des vers sans aucun sens, une assonance gratuite, un alignement de mots, bref, du scrabble.

Laurent, il y a des pays comme Madagascar ou Haïti ou les personnes affamées mâchent des galettes de terre cuite pour apaiser leur faim. Peut-être l'ignorez vous? C'est tellement loin de notre beau pays du vin et du fromage, et les gens là-bas nous ressemblent pas énormément, hein? Cela s'appelle de la culture générale.
Ces rimes veulent donc dire:" la terre, que des chaussures foulent dans nos pays, est mâchée et ingérée comme repas dans d'autres plus pauvres, pouvez vous comprendre qu'ils soient en colère?"
C'est une image Lolo, a t'on le droit d'en faire ou c'est réservé aux poètes validés par vous et vos potes?

Moralité: un gars qui n'a même pas saisi le sens de deux phrases comprises par les plus jeunes de nos fans, tente de nous faire passer pour des analphabètes sur le service public (!) sous les ricanements de Michel Drucker, Daniel Auteuil et du public de 75 ans de moyenne d'âge, alors qu'il n'a lui-même pas du tout compris le sens de cette même phrase!!!! Mais quel abruti...
Puisque le premier degré bien bourrin semble être votre mètre étalon, on pense que les élections municipales à venir et des victoires probables de la "droite dure" vont vous permettre de rencontrer votre public très premier degré, dans des spectacles municipaux calibrés pour vous, Laurent Gerra, comique, philosophe, poète, prof de français et fin linguiste…
Akhenaton (IAM)


Peace.