Terminus Elicius

Jeanne, trentenaire effacée et introvertie vivant encore chez sa mère, est une habituée du TER Istres-Marseille. Un soir, en glissant la main entre deux sièges, elle trouve une lettre. Celle-ci lui est adressée. "J'ai appris à voir ce que vous voulez tant cacher. Votre beauté naturelle, vos traits fins et délicats. Je vous aime, penchée sur votre  roman, détachée du monde et de la dure réalité. [...] Vous êtes si belle, Jeanne. Si touchante et si belle."
Une déclaration d'amour manuscrite. Romantique. Empoisonnée aussi. Car l'homme de ses rêves lui avoue rapidement sa véritable nature... il est le tueur que toute la police de Marseille recherche. "Hier soir, j'étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle. Juste le temps de la tuer..."

Terminus Elicius est le premier roman de Karine Giebel, à peine 250 pages de suspense et d'angoisse.Le pari était surtout de pousser le lecteur à poursuivre sa lecture malgré une héroïne inhabituelle. L'auteur ne s'attarde pas sur les meurtres, le tueur ou l'enquête, Karine Giebel se concentre sur Jeanne. Héroïne atypique, névrosée, presque antipathique que l'on prend vite en pitié mais dont on suit l'évolution et ses questionnements avec avidité. Jeanne et ses personnalités complexes auxquelles on finit par s'attacher. Jeanne et son lourd passé qui l'obstrue.
Les autres personnages sont finalement assez peu développés et toujours vu par le regard de Jeanne, sauf le beau capitaine Esposito (il est inutile de préciser que j'en suis tombée amoureuse !). Les lieux familiers de Marseille, la description détaillée du trajet - l'Estaque, Niolon, Redonne-Ensuès, étang d'Engrenier, étang de Lavalduc - habitent le récit, l'enrichissent, et plus d'une fois, je me suis crue dans le Marseille-Istres, bercée par le train à regarder la mer.
Terminus Elicius m'a parlé, car, non seulement, j'ai réussi à m'attacher à Jeanne, même si j'avoue avoir eu pitié d'elle quelques fois, mais aussi pour les trains et leur atmosphère qui m'ont rappelé des souvenirs. 
Et en plus, cette fin si cruelle, cette fin construite comme un mirage, cette fin qui m'a presque fait pleurer en pensant à Jeanne...

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