L'homme est accroupi sur le sable, il relève la tête, son regard porte sur l'océan qui s'ouvre devant lui, l'océan et toutes ses promesses de nouveau départ. Quelques grains de sable lui coulent entre les doigts. Dans son viseur, Mickael le regarde. Son fusil est armé, il lui suffit d'appuyer sur la gâchette. Presser d'un doigt un élément pour ôter la vie de quelqu'un, en moins d'une seconde. Caché entre les dunes et les hautes herbes, il voit l'homme de trois quarts, ce dernier pose ses yeux, verts tirant sur le gris, sur la mer, des yeux au regard grave, décidé et quelque part, condamné... On dirait qu'il espère que cette dernière va le tirer d'affaire.  
L'homme se relève doucement, il est grand et sa tenue foncée choque sur le sable clair et doré, la plage est déserte malgré la chaleur, il est encore tôt, les vacanciers doivent dormir, s'oublier dans les rêves. Il porte un manteau long, brun foncé, sur un jeans à la coupe droite. Dessous, il a mis sa chemise beige à fines rayures marron, sa préférée. On devine un corps musclé, des épaules larges et protectrices. Aux pieds, des chaussures de ville dont le cuir commence à être rongé par le sel  après ses allers-retours au bord de l'eau.  
L'homme se redresse et reprend sa marche, doucement, il traîne un peu la patte. Mickael l'observe toujours dans son viseur, il sait ce qu'il doit faire et il le fera. Il attend simplement un peu.  
Le vent a décoiffé les cheveux bruns et abondants de sa cible, son visage, harmonieux, a le teint hâlé des gens qui prennent régulièrement le soleil. Ses ennuis du moment lui font froncer les sourcils, soulignant son front d'une ride d'inquiétude. La fatigue marque légèrement son visage, il n'a pas de cernes malgré sa cavale. Pas de cernes mais une barbe rêche de quelques jours lui mange le bas du visage et une partie des joues, cela lui donne un charme de baroudeur ou de reporter de guerre. Sous un nez un peu imposant, ses lèvres fines et roses sont fermées, il n'y a plus rien à dire, plus personne à supplier. Il s'en doute, il n'a aucune certitude mais son destin est déjà scellé.
L'homme s'avance doucement, il est beau dans ce soleil matinal du mois de juillet, il est beau, il pourrait draguer la joggeuse blonde, il aurait pu être mannequin, quoique les gueules sauvages les magazines n'aiment pas trop ça. Ils préfèrent les gueules d'ange aseptisées, de ceux qui ne pensent pas beaucoup. Il ne va pas refaire le passé, là maintenant, c'est trop con. Tout est foutu, tout est joué. Joué, c'est le cas de le dire.

Son col de chemise, légèrement ouvert, laisse entrevoir une chaîne à maillons en argent qui reflète les rayons du soleil. Il prépare sa prochaine étape : trouver un bateau, traverser l'Atlantique, se réfugier le plus loin possible, sauver sa peau. Cuba, la Jamaïque, le Nicaragua, le Mexique... peu importe finalement, peu importe la terre d'accueil du moment qu'on a réussi à échapper à ses poursuivants.  
Son regard se perd dans l'immensité de l'océan. Mickael appuie sur la détente. Droit dans le cœur, la balle entre, perfore la peau, les os, les artères, se plante dans le ventricule droit. C'est terminé. Plus de cavale, plus de solution à trouver, plus de terre d'accueil, David est étendu sur le rivage, une tâche de sang se répand sur sa belle chemise claire, la recouvre lentement. David est mort sur une plage de France, s'imaginant déjà de l'autre côté de l'océan. Dans le ciel bleu céruléen, une mouette pousse un cri. 

Tentative de rédaction d'un portrait (et un peu plus) à partir d'une photo - N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

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