Sur le blog de Brick à Book, Leiloona organise des ateliers d'écriture. Cette semaine, une photo de Romaric Cazaux m'a inspiré le texte qui suit.

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Sur la page, des tenues pour bébés, culottes, bodies, colorées et mises en avant dans une vitrine, dans une autre ville, loin d'ici. Remises exceptionnelles. Le soleil avait atténué les couleurs du papier glacé. La page était déchirée, froissée, vieillie. Malmenée par le vent et amenée jusque dans ce camp de fortune. Zora n'aurait jamais de nourrissons qui porteraient ses jolies tenues, riant sous le soleil éclatant. A tout juste 16 ans, elle avait déjà donné naissance à trois enfants, à peine nés et aussitôt enlevés.
Elle-aussi avait enlevée il y a longtemps, en errance depuis dans le désert brûlant de la Syrie, violée sans cesse depuis l'âge de 13 ans, ses enfants avaient plusieurs pères. Des soldats, des guerriers de la religion, des fanatiques.
Elle n'était ici, comme la plupart des jeunes femmes, que pour procréer et soulager ses bourreaux. Quelques femmes plus âgées étaient là comme nourrices, distantes et aigries, elles n'apportaient aucun amour aux nouveaux-nés.
Les garçons qu'elle mettait au monde étaient éduqués dans le seul esprit de destruction et de lutte. Ils étaient des futurs soldats de Dieu, prêts à mourir pour cet idéal et à tuer tous ceux qui ne partageaient pas cet avis. Des enfants sans bonheur, sans libre-arbitre.
Si c'était des filles, la plupart étaient tuées. Elles étaient l'incarnation du Mal, le péché primitif. Les rares qui survivaient étaient élevées dans le but de les remplacer, elle et les autres jeunes femmes.

Si Zora était prise avec ce morceau de magazine, ce bout d'Occident, cet espoir, elle serait sans aucun doute battue et fouettée. Pour avoir rêvée, pour avoir ne serait-ce qu'imaginée. À chaque grossesse, elle avait espéré mourir en couches, mais la vie était restée en elle. Le paradis était forcément là, après la mort, vu qu'elle vivait en enfer depuis des années.