Merci à Babelio grâce à qui j'ai reçu La maison dans laquelle lors d'une opération Masse Critique !

Après des péripéties lors de l'envoi - le 1er n'est jamais arrivé, le second non plus, le 3ème a été envoyé à un autre nom donc heureusement que le monsieur de la poste a juste regardé le numéro de colis et ne m'a pas demandé ma carte d'identité ^^ - j'ai reçu ce livre au moins 3 semaines après la date prévue, ce qui fait que je suis très en retard.
Et j'ai mis autant de temps pour lire ce roman extrêmement dense et foisonnant de Mariam Pretosyan.

La Maison est une sorte de pensionnat pour enfants et adolescents handicapés. Un lieu dans lequel ils abandonnent leur passé et leur prénom, et se baptisent de divers surnoms, ils ne parlent jamais de leur famille, ni de l'Extérieur. Ils vivent en huis-clos dans cette Maison, à la fois havre de paix et lieu de douleur. La Maison, ils se l'approprient, peignent sur les murs, créent des pièces, des lieux, le dispensaire devient le Sépulcre, tout se dote de magie, de mystères et de fantastique. La nuit, les choses changent et l'Aveugle parcourt la Forêt. D'autres attendent au Croisement mais nombreux sont ceux qui préfèrent rester à l'abri de leur chambre.
La Maison est divisée en groupe : les Oiseaux, les Chiens, les Rats, les Faisans, et le Groupe 4. Chaque groupe a son chef, Vautour, Pompée, Roux, Djinn et l'Aveugle. Chaque groupe a des codes et un mode de vie (manière de bouger, de parler, de s'habiller) qui lui est propre.
Chaque groupe vit en autonomie dans son dortoir, totalement personnalisé. D'ailleurs, ils vivent presque tout le temps en parfaite autonomie. Peu de règles, mais des Lois, les éducateurs et les professeurs ne sont que peu présents, tout le monde vit, s'endort ou mange quand il le veut.
Dans cette Maison, Mariam Petrosyan nous permet de découvrir l'histoire de plusieurs de ses pensionnaires, à différentes époques : Sauterelle, Fumeur, Roux, Chacal Tabaqui, Ralf l'éducateur, Sphinx, l'Aveugle...

LamaisonTout commence par le récit de Fumeur au moment où il est exclu des Faisans et se retrouve intégré au Groupe 4, ensuite l'auteur nous propose un Intermède en nous racontant l'arrivée de Sauterelle, aux environs de 4/5 ans, dans la Maison. Par la suite, nous nous apercevrons que Sauterelle est un des héros dont nous suivons les péripéties (les enfants peuvent être amenés à changer de surnom). Il est très difficile pour moi de parler de ce livre car je n'arrive pas à déterminer mon ressenti... Plus de 900 pages à lire pour se plonger à l'intérieur de cette Maison où tout est différent, où les héros sont tous handicapés mais dont le handicap n'est pas une faiblesse et ne sert jamais à la victimisation, même si c'est précisément à cause de ce handicap qu'ils sont dans la Maison.
Le livre est complexe, d'abord par sa forme et ensuite par son contenu.
Pour la forme, il fait plus de 900 pages, pèse 1,3 kg, le papier est magnifique, brillant et doux, très différent des autres livres, sa couverture est spéciale : en Brossulin de 290 gr, imprimée en offset avec toutes les couleurs possibles et inimaginables, même celles-ci ne se voient pas à l'oeil nu... Voilà, l'objet est là, posé, le titre griffonné à la craie.
Pour le contenu, La maison dans laquelle est un roman aux multiples narrateurs : d'abord Fumeur et son récit à la première personne, puis l'histoire de Sauterelle, mais aussi le journal de Tabaqui, l'histoire de Ralf, de Roux, les points de vue se croisent et se recoupent.
Dans la Maison, c'est la dernière promotion et le départ de la précédente est très loin de s'être bien passée, la tension est élevée chez le personnel accompagnant - à noter qu'eux aussi portent des surnoms.
Le roman est à la fois initiatique et fantastique. On suit ses enfants et ses adolescents, on s'attache à eux, ils sont touchants, drôles, fragiles, démunis face à l'Extérieur car ils vivent en vase clos, mais ils peuvent être violents et destructeurs. On les voit grandir, évoluer et se faire une place au sein de la Maison. La Maison, qui est véritablement un personnage, mouvante, vibrante, vivante, angoissante et mystérieuse, on y complètement happé ! On sent toutefois qu'il plane comme une aura de blessure et de mystères sur certains adolescents, certains ont été tués, personne ne s'en offusque - il y a d'ailleurs plusieurs assassinats - certains sont partis on ne sait où. Chacun interprète la Maison selon ses besoins et ses envies.

La Maison est un endroit véritablement étrange et un peu effrayant, un endroit qui nous engloutit, un endroit qui vit sous la plume de Mariam Petrosyan qui y distille sa poésie et a créé des personnages réellement hors du commun. J'ai adoré Sphinx, l'Aveugle, le Macédonien, Vautour, Sirène et Rousse, tous ont leur particularité, leur charme, mais je crois que mon préféré est Chacal Tabaqui. Après avoir écrit tout ça, je me rends compte que j'ai finalement bien plus apprécié ce roman que je ne le pensais...
C'est un des roman les plus dense que j'ai lu, et je comprends que l'autrice ressente un grand vide depuis sa parution car je le ressens également en tant que lectrice, à force d'avoir côtoyé ses personnages et m'être attachée à eux.  Si je veux être tout à fait honnête, il faut quand même que je dise qu'il y a eu des moments de lecture un peu moins bien, tant la lecture était riche qu'il était parfois difficile de le lire comme ça, en tant que pur divertissement. Je regrette aussi, malgré le nombre de pages, que certains points ne soient pas éclaircis (les Log, les tombants, les sauteurs, le départ de la précédente promotion...). Ce n'est pas un livre qui plaira à tout le monde, je dirais qu'il peut apparaître un peu comme inaccessible, mais c'est néanmoins un roman mystique dont l'univers m'a envoûté et je pense qu'il faut plusieurs lectures pour tout saisir.

Bossu était fatigué de son ermitage. La vie solitaire s'avérait difficile quand on était habitué à vivre au milieu des autres, et lui qui avait ainsi souhaité retrouver le calme n'éprouvait pas le moindre soulagement. La nuit, l'éclat de la lune était trop fort et l'air, chargé d'angoisse. Bossu lui-même participait de cette angoisse qu'il avait fuie ; il l'avait apporté et installé au milieu des branches, en espérant que le silence et la vie dans le chêne la chasseraient puisqu'il n'était pas parvenu à s'en guérir. Tous se comportaient de la même façon : ils se démenaient pour cacher au plus profond d'eux ce qui leur appartenait, ils s'y dissimulaient même à leurs propres yeux, y enfermaient leurs oiseaux, ils reculaient, reculaient et transpiraient la peur. Et puis, ils s'efforçaient de sourire, de lancer des boutades, de discuter, de se nourrir et de se multiplier. Bossu seulement ne savait pas faire comme tout le monde. Il n'avait pas la force de cacher quoique ce soit, et ça le rendait encore plus malheureux. - p. 794