Apprendre le résultat de la biopsie de son père - nodules cancéreux sur la prostate - et errer dans les allées d'un magasin de bricolage en Provence. Avoir les yeux brouillés devant les scies, sécateurs et articles de peinture. Déambuler sans vraiment se rappeler ce qu'on cherchait. Les mauvaises nouvelles n'attendent pas qu'on ait fini nos courses. Elles arrivent, elles se plantent là et après, il n'y a plus qu'à faire avec.
Parce que même si le médecin dit "pris au tout début", "très petit", "traitement court", les mots radiothérapie, rayons, et traitement quotidien à l'hôpital feront désormais partie de notre vocabulaire. Un vocabulaire qu'il va falloir appréhender, accepter.
Et même si tout est fini dans 4 mois comme le médecin l'annonce, je ne peux pas m'empêcher de penser que peut-être on va découvrir quelque chose d'autre, ou que les choses vont s'accélérer d'un coup, que la radiothérapie va le fatiguer et qu'il y aura d'abominables effets secondaires, que le cancer est vraiment un vilain mot. Une vilaine saloperie. On peut même dire une putain de saloperie.
Mon père a plutôt l'air d'aller bien, je ne l'ai pas encore vu. Je sais qu'il va falloir être forte pour la radiothérapie, pour le soutenir, pour tout ça pendant le traitement, mais putain, je peux pas m'empêcher de chialer !
Il n'y a plus qu'à faire avec.