La forêt, la nature de manière générale, a toujours été un espace bienveillant et salutaire pour moi, un endroit apaisant où la plupart des codes n'ont pas lieu, comme un lieu hors du temps, hors des civilisations. Partir et me sentir entourée d'arbres centenaires, de prairies sauvages, de montagnes escarpées m'a plus d'une fois sauvé la vie. Entendre le bruit des feuilles, le mouvement des arbres, les troncs qui craquent. Entendre les oiseaux au loin, plus près. Regarder avec les jumelles. Observer. Voir un faucon, une grenouille, une salamandre, un crocus, un champignon. Bien souvent prendre des photos. Tout ça a toujours fait partie de moi. Je ne pense pas pouvoir survivre sans moments en pleine nature.
Sauf.
Sauf que la dernière fois, ça n'a pas marché. Je n'allais pas très bien en partant. Et j'allais encore plus mal en rentrant. J'étais désemparée, triste et en colère. La nature m'avait fait souffrir. Viscéralement. Et au fond, j'ai réalisé que ce n'était pas la première fois. Mais la plus marquante.
Les dernières fois où je suis partie me balader en forêt, j'ai vu mes endroits chéris, mes parcours favoris être détruits. A bout d'un plateau, j'arrive, le chemin est ravagé, de chaque côté des arbres abattus et laissés là, dans un paysage déconstruit, malmené, ravagé. Plus tard, un autre endroit. Au milieu d'une forêt, des tranchées sauvages d'engins qui ont ouvert des dizaines de « pistes » ne menant à rien et toujours ces arbres abattus, couchés, coupés. J'ai de plus en plus l'impression de me balader dans des cimetières d'arbres.
Une autre fois, au milieu d'une magnifique forêt, à plusieurs kilomètres de la première route goudronnée, un panneau indiquant la destruction prochaine de plusieurs dizaines d'hectares de bois pour installer une centrale photovoltaïque. En redescendant, mon regard se pose au loin, des milliers de panneaux sont déjà installés de l'autre côté. Je tourne la tête une montagne pelée, bien rasée, nettoyée, comme en attente d'une construction, alors qu'avant il y avait des arbres, de la vie et maintenant, il n'y a que l'homme et la mort.

© zofia - revoir1printemps.canalblog.com

A d'autres endroits, ce sont des montagnes de gravats qui m'accueillent, des déchets partout. Ou des panneaux privés, interdits aux promeneurs. Ou des panneaux « battue en cours » et des aimables chasseurs qui t'expliquent que « non, là, c'est interdit de passer pour l'instant ». Des lacs asséchés, des rivières devenues des zones arides. Des carrières qui creusent la terre et rognent de plusieurs centaines de mètres sur un bois où nous aim(i)ons aller marcher.

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l'image du haut a été photographiée en novembre, l'autre en mai

Puis, c'est aussi les centaines de voitures garées partout, là où avant il n'y avait que 3/4 voitures. Il y a du monde partout désormais, des gens qui hurlent, des chiens qui aboient. Ces véhicules qui génèrent un trafic monstre, tout le monde va vite, comme s'il fallait se dépêcher, se dépêcher de vivre et surtout se dépêcher de mourir. Il faut aller de plus en plus loin pour trouver des endroits sans trop de promeneurs.

Ma dernière balade datait du 23 octobre, et j'ai ressenti un tel spleen après que je n'ai plus osé retenter l'expérience. Le week-end, avant de partir, je liste les endroits où il y a ce genre de « problèmes » et ça commence à faire beaucoup, la zone libre se restreint et je me sens comme cernée... aujourd'hui, nous sommes allés nous balader, il faisait beau et bon et au final, à part une montagne de déchets au départ, le reste était paisible et c'est un endroit désormais qui est monté tout en haut de ma liste des possibilités de balades.

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