Plongée. Apnée.
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10h30. Je suis dehors, la terrasse est encore à l’ombre, quoique le soleil intervient petit à petit. Le thermomètre indique 25 degrés et les cigales sont enfin en forme. Aujourd’hui, j’ai décidé que j’allais écrire. Plus exactement, j’ai décidé hier qu’aujourd’hui, j’allais écrire. La question est de savoir si je serais assez en forme pour le faire. Aujourd’hui est aussi une date anniversaire. 20 - 1. Mais je suis seule pour le fêter. J’ai décidé que j’allais écrire sans trop réfléchir non plus. Il semble que mon cerveau soit (parfois) un concentré pur de réflexion. Je n’arrête jamais. D’autres fois, il me semble vide, incapable d’agir, de décider. Quand cela se produit, je tombe (souvent) dans des abîmes de contemplations absolument improductives et hors du temps. Pourtant, ce dernier ne s’arrête pas et file, file. Que je travaille. Que j’écrive. Que je lise. Ou que je contemple. Il s’enfuit. Je dois rendre des livres à la médiathèque et comme d’habitude, je vais les rendre en retard. J’en profiterai pour prendre deux livres de Baptise Morizot, dont le nom ne m’est pas inconnu mais dont Dame Luciole vient de m’en faire découvrir un nouveau.
Mon article sur un thriller de David Baldacci est, étonnamment, presque prêt, même s’il n’est pas pour ici, je n’ai, pour une fois, pas trop laissé traîner les choses. Ce qui est un peu ma spécialité. J’ai de multiples envies qui restent souvent bloquées au stade embryonnaire, d’envies, de projets, de peut-être. Je me laisse facilement déconcentrer. Etant sur ma terrasse, c’est miracle que j’arrive à écrire, tant tout autour de moi attire mon regard et aurait envie de le laisser s’évader. Suivre la route d’en face et ses maisons, la vallée qui descend en creux ou la colline à côté dont les pins essayent tant bien que mal de résister aux canicules successives. Et plus loin encore, à l’ouest, les silhouettes des crêtes des montagnes varoises. Quant à l’horizon devant, il me faut me lever mais si je le faisais, je verrais la mer. Aujourd’hui, elle semble brumeuse, un peu grise. C’est miracle que j’arrive à écrire avec ce paysage qui m’invite à ces fameuses contemplations. Ces rêveries qui m’ennuient autant qu’elles m’apaisent, ce vert dans lequel je sombre, je suis parfois obligée de m’y extraire avec violence. J’ai 3000 albums photos en projet. J’ai peut-être 24 bilans mensuels de retard à faire dans mon Bujo. Sans oublier les dizaines d’articles que je veux écrire.
Ça y est, je suis passée à deux doigts de me faire aspirer en regardant les jardins et la forêt en contrebas. J’ai failli lâcher cet article, l’oublier et plonger. Est-ce qu’on doit se sentir coupable de ne pas avoir fait ces choses citées alors que j’en ai/avais envie ? j’ai besoin de marquer, de mettre sur papier, noir sur blanc. Je ne sais pas pourquoi j’ai peur d’oublier. Ma grand-mère notait tout. A sa mort, on a retrouvé une quantité de carnets noircis de sa main serrée, de son écriture de plus en plus tremblotante à 99 ans et demi. Je crois que je lui ressemble assez. Ce n’est pas de la littérature, ni même des histoires de famille, quoiqu’il y en a. Parce que bon, on a quand même eu pas mal d’histoires de famille. Elle y écrivait son quotidien et pour elle, c’était important de le faire.
Presque 11h. J’hésite à reprendre un café. Impossible pour moi d’en prendre plusieurs d’affilé comme les romanciers. Ou les flics. Mais une légère fatigue commence à se faire ressentir. Je ne sais plus vraiment si les cris du jeune chevreuil cette nuit à 5h font partie de la réalité ou d’un rêve. Vainement, j’ai tenté de le distinguer dans la grisaille matinale de l’aube pas encore levée.
Je ne sais pas si je vais réussir à bien conclure cet article. Je suis censée produire un travail pour une cliente mais je ne sais pas si je vais être capable de le faire. Un bruit de tronçonneuse et le cri des arbres déchirent l’espace. Je vais peut-être rentrer.