Revoir un Printemps
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10 juillet 2024

Plongée. Apnée.

10h30. Je suis dehors, la terrasse est encore à l’ombre, quoique le soleil intervient petit à petit. Le thermomètre indique 25 degrés et les cigales sont enfin en forme. Aujourd’hui, j’ai décidé que j’allais écrire. Plus exactement, j’ai décidé hier qu’aujourd’hui, j’allais écrire. La question est de savoir si je serais assez en forme pour le faire. Aujourd’hui est aussi une date anniversaire. 20 - 1. Mais je suis seule pour le fêter. J’ai décidé que j’allais écrire sans trop réfléchir non plus. Il semble que mon cerveau soit (parfois) un concentré pur de réflexion. Je n’arrête jamais. D’autres fois, il me semble vide, incapable d’agir, de décider. Quand cela se produit, je tombe (souvent) dans des abîmes de contemplations absolument improductives et hors du temps. Pourtant, ce dernier ne s’arrête pas et file, file. Que je travaille. Que j’écrive. Que je lise. Ou que je contemple. Il s’enfuit. Je dois rendre des livres à la médiathèque et comme d’habitude, je vais les rendre en retard. J’en profiterai pour prendre deux livres de Baptise Morizot, dont le nom ne m’est pas inconnu mais dont Dame Luciole vient de m’en faire découvrir un nouveau.

Mon article sur un thriller de David Baldacci est, étonnamment, presque prêt, même s’il n’est pas pour ici, je n’ai, pour une fois, pas trop laissé traîner les choses. Ce qui est un peu ma spécialité. J’ai de multiples envies qui restent souvent bloquées au stade embryonnaire, d’envies, de projets, de peut-être. Je me laisse facilement déconcentrer. Etant sur ma terrasse, c’est miracle que j’arrive à écrire, tant tout autour de moi attire mon regard et aurait envie de le laisser s’évader. Suivre la route d’en face et ses maisons, la vallée qui descend en creux ou la colline à côté dont les pins essayent tant bien que mal de résister aux canicules successives. Et plus loin encore, à l’ouest, les silhouettes des crêtes des montagnes varoises. Quant à l’horizon devant, il me faut me lever mais si je le faisais, je verrais la mer. Aujourd’hui, elle semble brumeuse, un peu grise. C’est miracle que j’arrive à écrire avec ce paysage qui m’invite à ces fameuses contemplations. Ces rêveries qui m’ennuient autant qu’elles m’apaisent, ce vert dans lequel je sombre, je suis parfois obligée de m’y extraire avec violence. J’ai 3000 albums photos en projet. J’ai peut-être 24 bilans mensuels de retard à faire dans mon Bujo. Sans oublier les dizaines d’articles que je veux écrire.

Ça y est, je suis passée à deux doigts de me faire aspirer en regardant les jardins et la forêt en contrebas. J’ai failli lâcher cet article, l’oublier et plonger. Est-ce qu’on doit se sentir coupable de ne pas avoir fait ces choses citées alors que j’en ai/avais envie ? j’ai besoin de marquer, de mettre sur papier, noir sur blanc. Je ne sais pas pourquoi j’ai peur d’oublier. Ma grand-mère notait tout. A sa mort, on a retrouvé une quantité de carnets noircis de sa main serrée, de son écriture de plus en plus tremblotante à 99 ans et demi. Je crois que je lui ressemble assez. Ce n’est pas de la littérature, ni même des histoires de famille, quoiqu’il y en a. Parce que bon, on a quand même eu pas mal d’histoires de famille. Elle y écrivait son quotidien et pour elle, c’était important de le faire.

Presque 11h. J’hésite à reprendre un café. Impossible pour moi d’en prendre plusieurs d’affilé comme les romanciers. Ou les flics. Mais une légère fatigue commence à se faire ressentir. Je ne sais plus vraiment si les cris du jeune chevreuil cette nuit à 5h font partie de la réalité ou d’un rêve. Vainement, j’ai tenté de le distinguer dans la grisaille matinale de l’aube pas encore levée.

Je ne sais pas si je vais réussir à bien conclure cet article. Je suis censée produire un travail pour une cliente mais je ne sais pas si je vais être capable de le faire. Un bruit de tronçonneuse et le cri des arbres déchirent l’espace. Je vais peut-être rentrer.

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Commentaires
Z
@Eliness : oh je ne sais pas si ton lecteur de flux rss ou ce nouveau canalblog qui déconne pas mal !<br /> C'est l'acceptation de ce décalage qu'il faut réussir à appréhender, accepter le plus tard, et honnêtement, j'en suis pas toujours capable. Je me rends pas malade pour autant mais il y a des fois où ça me contrarie vraiment. <br /> Quant à l'écriture, il n'y a pas seulement ce besoin de fixer les choses pour s'en rappeler, qu'utiliser l'écriture comme exutoire. Avant j'écrivais plus et je me sentais mieux ou moins mal, ça m'aidait vraiment. Il semble que je sois dans une sorte de spirale qui me bloque, je progresse car jusqu'à peu, je n'avais pas conscience que l'écriture jouait sur mon moral.<br /> <br /> @Kalys : Merci :) <br /> comme je disais dans mon commentaire à Eliness, il faut arriver à accepter que le moment soit passé, ou de faire les choses plus tard. <br /> Tu t'es penchée sur le cas Morizot ? J'ai pris ces deux livres à la médiathèque mais je ne les ai pas encore commencés.
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E
Punaise, à nouveau mon lecteur de flux rss me joue des misères et ne m'a pas du tout prévenu que tu avais publié plein d'articles dernièrement ! Je ne comprends pas pourquoi je ne reçois pas tes mises à jour, heureusement que j'ai attrapé celui-ci grâce à un commentaire chez Kalys :)<br /> <br /> Cela me fait égoïstement du bien de lire que tu as aussi une liste de centaines de choses "à faire" qui te pèse tellement - ce n'est pas tant les projets que toute la charge mentale associée, et la culpabilisation aussi, cette dernière qui nous bouffe tellement. Je rejoins Kalys sur l'idée que "si tu en as toujours envie, tu les feras" - j'essaie d'accepter que ça sera "un jour", dans des années peut-être, et de ne pas trop me lyncher en attendant. Une chose à la fois.<br /> <br /> Pour le rapport à écrire quotidiennement, on partage une angoisse similaire - pour moi avant tout c'est une façon d'étirer le temps. Je constate une véritable différence entre les années où j'écrivais peu - où tous mes souvenirs se mélangent et se concentrent - et les années où j'écris beaucoup, où ce support d'écriture donne bien plus de place à mes souvenirs (et donc à mon passé et à ma perception de ce dernier).<br /> Tant que ça ne devient pas anxiogène, obsessionnel ou une rumination qui apporte plus de négatif que de positif, je pense que c'est une bonne aide pour appréhender l'angoisse du temps qui passe !
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K
"Faire traîner les choses, c'est un peu ma spécialité." J'aurais tellement pu écrire cette phrase ! C'est à tel point que j'ai décidé de ne plus jamais donner de deadline à personne : c'est le plus sûr moyen pour moi de faire ce que j'avais annoncé six mois plus tard.<br /> <br /> "Est-ce qu’on doit se sentir coupable de ne pas avoir fait ces choses citées alors que j’en ai/avais envie ?" De mon point de vue, non. Si tu en as toujours envie, tu les feras. Sinon, peut-être le moment est-il passé, peut-être que ça n'a plus d'importance.<br /> Et moi aussi j'ai peur d'oublier, et pour moi écrire les choses permet de donner un sentiment de continuité : j'étais là, je suis devenue ça, en passant par là.<br /> <br /> J'ai adoré cet article, plus personnel peut-être que de coutume. En tout cas tu y prends le temps, ce n'est pas factuel, et à te lire moi aussi j'avais envie de me plonger dans la contemplation du paysage (et moi aussi j'ai ressenti une certaine crispation au son des tronçonneuses).
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K
J'ai d'autres choses à répondre, mais besoin de rassembler mes pensées, donc pour l'instant je vais juste dire : ok, trois fois qu'on me parle de Morizot en trois jours, c'est un signe, je vais me pencher sur la question !
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