InversionJ’ai pris ce roman de Brian Evenson dans les mains parce que je trouvais que le garçon sur la couverture ressemblait à Elijah Wood, et puis j’ai lu le résumé, je suis évidemment repartie avec.

Rudd est un adolescent solitaire, introverti, étouffé par les préceptes stricts de la religion mormone que sa mère l’oblige à respecter. Leur relation se dégrade et un samedi matin, Rudd découvre parmi « les affaires mortes de son père mort » qu’il a un demi-frère, Lael, vivant à peine à quelques kilomètres. Rudd décide de le rencontrer, très vite une complicité s’installe.
La vie de Rudd est alors rythmée entre sa semaine au lycée et ses week-ends avec Lael.
A l’école où la religion et l’obéissance sont de mises, il doit effectuer une recherche associant des termes qu’il a choisis. Il croise alors le chemin de Hooper Young, petit-fils de l’un des fondateurs de l’église mormone, mais surtout auteur d’un crime sauvage en 1903.

La fascination s’empare de Rudd et il s’enfonce « peu à peu dans une contemplation morbide […] et dans une gigantesque hallucination. »
Un jour, il est retrouvé inconscient sur une scène de crime où trois corps d’une même famille gisent horriblement mutilé.

Ce livre est absolument angoissant et se révèle au fil des pages un récit à tiroirs où les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent et, jusqu’à la fin, nous plonge dans une véritable folie, LA folie.
Le roman est divisé en trois grandes parties : Rudd, disséqué – Lyndi, égarée – Hooper, déchainé.
Débutant sur un rythme plutôt lent, il n’en finit pas de gagner en intensité jusqu’à la troisième partie qui est vraiment le paroxysme de cette histoire. Un peu comme à la manière d’une réalisation cinématographique, l’auteur raconte plusieurs fois le premier chapitre de cette dernière partie, ajoutant, retirant des informations, développant son personnage.
Tout est si bien construit qu’on ne voit rien venir, l’écriture fluide et riche nous amène là où elle veut, se prenant tour à tour pour Elling, Hooper, Lael ou Rudd, jetant Lyndi au milieu, au cœur d’une cérémonie de mariage mormone.
Si je n’avais qu’une remarque « négative » à faire ce sera celle de ne pas avoir assez de précisions sur les coutumes et les rites de l’église mormone. J’aime énormément les romans mettant en scène une religion et tous ses aspects sombres, mystiques, et je suis un peu restée sur ma faim sur ce point là.

Pendant 300 pages, on entre à la fois dans le monde des névroses, de la folie pure, des hallucinations, des obsessions ; mais aussi dans un monde religieux, coincé par ses dogmes, prônant une éducation édulcorée mais brimée, dénonçant ce fanatisme propre aux religions qui mènera Rudd aux affres de la psychose et de la perversion et le lecteur aux portes de l’angoisse
(qu’on franchira quand même avec plaisir !).