PrédateursSecond opus du Cycle de l'Homme, ouvert par Les Arcanes du Chaos.
C'est la guerre, une guerre terrible. Un débarquement proche, la tension qui augmente, la fébrilité chez les soldats mêlée à l'impatience. Peu de temps avant le jour J, un soldat est retrouvé pendu à des crocs de boucher, la tête remplacée par celle d'un bélier. L'horreur est là, avant celle du combat, au cœur de l'armée, le ver dans la pomme, le loup dans la bergerie. Le lieutenant Frewin de la Police Militaire se charge de l'investigation, discrètement car il ne faut pas troubler les soldats avant l'assaut.
L'attaque est lancée, les meurtres continuent, toujours plus horribles, plus raffinés, plus pervers, malgré les combats. Associé à l'infirmière Ann Dawson, qui s'est imposée dans l'enquête, ils vont devoir démasquer le tueur le plus vite possible.

Oh que voilà un très bon Chattam, un thriller terrifiant et novateur. En effet avec ce roman, Maxime Chattam explore une nouvelle façon de mettre en scène le crime. Au cœur d'une guerre, là où tout n'est que chaos, meurtres, sang, rage ; l'auteur inclut un prédateur au-dessus du lot, une ombre qui dévaste ses propres rangs. Ce contexte de guerre mondiale dont on ignore tout : l'époque, les adversaires, il n'y a aucun repère historique, géographique ou politique, augmentant l'impression de réalité. Cela pourrait se passer n'importe quand, dans n'importe quel pays sur n'importe quelle planète. Et cet aspect donne encore plus de force au récit.
Un récit détaillé, fourni, argumenté, le suspense y est permanent, on est happé dans cette guerre, dans cette enquête, dans cette boue, au centre d'un monde militaire qu'on découvre fermé, qui a ses codes et qui n'aime pas qu'on vienne y fourrer son nez. Jusqu'à la fin, on est tenu en haleine car il y a autant de suspects potentiels qu'il y a de personnages. Ceux-ci sont très intéressants car très riches, avec des failles, des zones d'ombre, un passé mouvementé, une enfance douloureuse en commençant par les deux héros, Frewin et Ann. On suppose, on s'interroge mais jusqu'au bout, on ne peut deviner qui est le tueur.
Il y a un autre aspect très intéressant lié au contexte de guerre. D'habitude, dans les romans de Maxime Chattam et des autres d'ailleurs, les personnages qui enquêtent, ont accès à des informations, aux livres, aux archives, au Web, à des experts, des spécialistes. Ici, ils ne peuvent se fier qu'à leurs connaissances, leurs déductions pour construire leur raisonnement et le profil du tueur. J'ai trouvé cela très original et renforçant les personnages du groupe de la police militaire.
Prédateurs est un roman sombre, parfois gore, où le talent d'écriture de Maxime Chattam se révèle une fois de plus, dans l'imagination des crimes, dans la force de ses descriptions ; où l'on rencontre des personnages que l'on oubliera pas une fois le livre refermé.