Au départ, j’avais l’intention de me baigner et puis je suis arrivée et je les ai vu comme deux morpions sur le canapé, bien accrochés ; finalement, c’est même comme s’ils étaient chez eux, dans LEUR maison. Alors qu’il s’agit bel et bien de celle de mes parents. Mais ils sont voraces. Avides. Partis pour rester là tout l’été, comme chaque été, comme des invités, des putains de pantouflards, à être trop fatigués pour se baigner, à être trop fatigués pour tout. On dirait qu’avec ça, ils n’ont pas de maison, pas de toit au-dessus de la tête. Mais pourtant, si. Ils ont bien un toit, bien plus grand que le mien.
Et le prochain sera encore plus grand. Et ils seront encore plus voraces car il est évident que mon père va être extrêmement sollicité par leur prochain projet. Oh de toute manière, ils ont déjà tout prévu puisqu’ils ont même trouvé la résidence pour seniors dans laquelle iront mes parents, à 5 minutes à pied de là où ils habiteront. A 5 minutes de chez eux mais à 150 km de moi.
En fait ça ne m’étonne pas, ils grignotent tout. Ils sont voraces. Il faut prendre la viande dans leur boucherie, dans leur ville, à 200 bornes de là, « tu comprends parce qu’elle est meilleure ». Et aussi les gâteaux dans leur pâtisserie. Et le vin chez leur caviste. Et ma mère doit avoir les mêmes produits que ma soeur. Et mon père les mêmes objets que son compagnon. Tout ce qui vient de chez eux est tellement meilleur. C’est vrai, ici on a rien. Il n’y en a que pour eux.
Et ma sœur est là avec ces réflexions… ces réflexions de grande, de « je te prends de haut, vu que t’es tellement débile et que t’y comprends rien ». Je me rends compte que j’en ai vraiment marre d’eux et que je les supporte de moins en moins. Je trouve que ça commence à faire beaucoup de choses. Je crois que mes parents ne captent rien. Ils ne se rendent compte qu'ils sont voraces, qu'ils les grignotent, qu'ils les façonnent à leur image car ils se pensent tellement mieux que les autres, tellement mieux que nous.
Je suis amère de cette situation car ma mère a toujours fièrement dit qu'ils ne faisaient aucune différence envers leurs enfants. Alors ok, ils tiennent à nous faire des cadeaux équivalents, à donner autant à l'une qu'à l'autre mais à constamment dire que tout ce qui vient de chez eux est tellement génial, ça me fait comprendre - connement ou pas - que ce que nous on apporte est finalement nul. Je n'en veux même pas à mes parents. J'hésite entre deux attitudes - comme souvent avec ma sœur - ou montrer qu'on peut être bien nous aussi, ou laisser filer. Bon j'avoue que j'aurais sans doute du mal à lâcher prise mais c'est une résolution que je pourrais prendre. Je ne sais pas car je n'ai pas envie que mes parents m'échappent totalement non plus.
De manière globale, je ressens un léger ras-le-bol pour pas mal de choses, d'autant plus que ça ne s'arrange pas pour le boulot l'an prochain. Ou alors je me prends juste trop la tête...