Au mois de juillet, les livres que j'ai lu ont tous été écrits par des femmes, à l'exception bien sûr de la relecture de Demain j'arrête de Gilles Legardinier.

Le polar venu du froid : La princesse des glaces de Camilla Läckerg

La princesse des glaces

Le premier opus de l'héroïne Erica Falck commence sur à Fjällbacka, station balnéaire de la Suède, recouverte de neige. On y découvre Alexandra Wijkner, morte depuis une semaine, dans sa baignoire, les veines ouvertes. Tout laisse penser qu'il s'agit d'un suicide... et pourtant, les apparences ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être.
Autant le dire tout de suite, j'ai bien kiffé ce roman, à mon grand étonnement d'ailleurs. J'ai apprécié suivre le personnage d'Erica, touchante après le décès de ses parents dans un accident, impuissante à aider sa soeur, amoureuse de Patrik l'inspecteur en charge de l'enquête, curieuse et passionnée. D'ailleurs, tous les autres personnages sont aboutis, complexes et travaillés, l'auteur nous offre un portrait sans concession d'une petite communauté pas si tranquille que ça. Je pensais que la romance entre Erica et Patrik allaient parasiter ma lecture mais il n'en fut rien, je me suis régalée à voir l'évolution de leur relation, l'envie d'Erica et de Patrik. Alors l'intrigue n'est peut-être pas révolutionnaire - bien que je n'ai pas saisi certains aspects de l'histoire avant la fin - mais c'était tout de même suffisament bien emballée pour que je veuille savoir ce qu'il en était et que je dévore les pages !

Le thriller dérangeant : L'homme du soir de Mo Hayder

L'homme du soir

Dans le sud de Londres, aux abords de Brockwell Park, un garçon de neuf ans est enlevé. La police retrouve ses parents ligotés et enfermés à leur domicile. Les indices ne tardent par à orienter Jack Caffery et son équipe sur les traces d'un pédophile, surtout que les enfants du voisinage parle d'un troll qui les observe. Hanté par la disparition jamais élucidée de son frère, Jack va se lancer à corps perdu dans cette enquête. D'autant plus qu'une autre famille est menacée...

L'homme du soir est un des livres qui m'a le plus choqué et dérangé. Mo Hayder sait installer une véritable tension qui ne faiblit pas tout le long du roman. Si vous craignez les propos vulgaires et les descriptions détaillées, passez votre chemin car dans L'homme du soir, Mo Hayder n'omet aucun détail, et même lors des récits de ce que peut faire le troll aux enfants... l'ambiance est très glauque avec le vieux voisin de Jack, Penderecki, soupçonné mais jamais inculpé de la disparition d'Ewan, le frère de Jack, alors qu'il était agé de huit ans.
De plus, Rebecca, la chérie de Jack, a été victime d'une terrible agression qui ressurgit et crée des tensions dans leur couple. Le tueur est vraiment sordide, les personnages qui composent le réseau pédophile le sont également. Même si c'est bien écrit et que les personnages sont intéressants (Rebecca, Jack, Danni), c'était peut-être un poil trop glauque – le calvaire de la famille est une souffrance à chaque chapitre - pour que j'apprécie vraiment la lecture.

Le drame irlandais : L'étrange disparition d'Esme Lennox de Maggie O'Farrell

Esme Lennox

Cela fait 60 ans que plus personne ne se soucie plus d'elle, 60 ans qu'Esme Lennox a disparu de la société, pour vivre recluse et esseulée dans un asile. Quand celui-ci ferme ses portes, Esme et Iris se rencontrent enfin, Iris est sa petite nièce. Dans une Ecosse moderne, bien loin de ce qu'Esme a connu, Iris vadécouvrir une partie de l'histoire de sa famille.
Ma librairie avait affiché ce roman en tête de gondole avec la mention "coup de coeur", le résumé avait achevé de me convaincre et j'ai vraiment bien fait ! Dans ce roman, on découvre avec effroi la vie d'Esme, qui naît en Inde au début du siècle dans une famille assez aisée et qui pour être trop libre, trop avant-gardiste, trop moderne, finira enfermée... Son histoire est bouleversante, tout comme cette lecture. Le récit est découpé en 3 voix : Iris, Esme et Kitty, sa grande soeur. On découvre la vie d'Iris, compliquée avec une histoire d'amour contrarié, et l'enfance des soeurs Lennox jusqu'au jour où tout bascule. La plume de Maggie O'Farrell raconte ce récit avec pudeur et talent, cette vie volée m'a donné des frissons. Seul bémol, si les récits multiples ne me gênent pas, la façon dont les parties racontées par Kitty m'ont déstabilisé. Les phrases commencent en plein milieu, se terminent de la même façon, comme des flashs. C'est intriguant mais frustrant et ça tranche avec les autres voix. Mais à part ça, la vie d'Esme Lennox m'a beaucoup touché.

Témoignage d'une vie indienne : Jours de pluie à Madras

Pluie

Layla est une jeune femme musulmane, originaire d'Hyderabad en Inde. Depuis toujours, elle partage son temps entre les Etats-Unis et ses retours en Inde, cet été-là, elle y revient pour se marier. Un homme qu'elle n'a pas choisi mais à qui elle va devoir dire oui. Seulement, une ombre plane sur ce mariage non désiré, Layla a un secret : elle n'est plus vierge. Or le dernier jour du mariage, le walima, se conclut par une grande fête après l'affichage aux yeux de tous d'un tissu tâché de sang, prouvant la perte de la virginité de la mariée et la consommation du dit mariage. Comment va-t-elle faire ? Que va penser son nouveau mari ?

Une plongée directe dans les traditions musulmanes et l'Inde, le fonctionnement de leur société, leurs rites, leurs pensées sur les femmes et le chemin de croix de Layla pour se sortir de cette prison qu'on appelle mariage.
J'ignore si ce roman de Samina Ali est une autobiographie, ou même juste une demie-autobiographie, ce qui est certain c'est qu'il nous met face à des préoccupations que, dieu merci, je ne rencontrerais jamais. Et en lisant ce roman, très bien écrit, je me disais que j'avais bien de la chance d'être née là où je suis née, d'être entourée d'une famille libre et compréhensive et de pouvoir choisir.
Au-delà de l'immersion et du désespoir dans lequel va peu à peu tomber Layla, tout le monde veut tout savoir, tout le monde veut se mêler de ce mariage non consommé, tout le monde veut chasser les démons qui entourent Layla, mais personne ne s'occupe de son jeune époux, si charmant, qui semble lui aussi cacher quelque chose. Il ne m'était pas difficile d'imaginer le calvaire de Layla de vivre une vie contrainte et inutile. Cependant, j'ai trouvé que l'auteur s'attardait trop sur les descriptions de toute cette vie religieuse – le mariage dure 5 jours et il s'étale sur 173 pages pour un total de 498 – et manque un peu d'actions. Il y a certes quelques moments-clés mais on peut se désintéresser assez vite de l'histoire sous toutes ses descriptions de voiles, de dappatta, de prières et de Dieu. Surtout que l'on voit clairement que, quoiqu'il arrive, tout est toujours de la faute de la femme, sans aucune exception, même si l'homme est fautif.

Les plus cruels : Derrière la haine de Barbara Abel

Derrière la haine

Cela faisait très longtemps que je voulais lire ce roman de Barbara Abel et je n'ai pas été déçue une seule seconde ! J'ai avalé ces 340 pages en à peine une journée...
Laetitia et David habitent le pavilon d'enfance de Laetitia, une jolie petite maison mitoyenne. De l'autre côté de la haie, Tiphaine et Sylvain se sont installés. Peu à peu, les voisins deviennent amis, complices et solidaires. Laetitia et Tiphaine partagent une grossesse quasi simultanée.
Milo et Maxime grandissent ensemble, proches comme des frères. Seulement dans ce paysage de banlieue idyllique, un drame va tout faire basculer.

Un livre implacable écrit d'une plume impecable par Barbara Abel. Cette histoire quotidienne, banale, qui tourne à la tragédie, à la haine, à la suspicion est effroyable, tant elle pourrait arriver à tout un chacun.
J'ai adoré les personnages, les deux couples et les deux enfants, hormis eux peu de personnages secondaires, à part Ernest que j'ai trouvé très touchant . Le contraste entre le prologue et le premier chapitre est glaçant. On devine que tout a basculé, sans pouvoir en comprendre tous les contours. L'angoisse augmente crescendo, Barbara Abel balade le lecteur dans ce jeu de dupes où la frontière entre culpabilité et vengeance, entre paranoïa et vérité, entre amour et haine est si fine...
Mon coeur a battu très fort dans les derniers chapitres, redoutant une conclusion tragique. Une lecture noire comme le ciel sur la couverture, Derrière la haine est bouleversant, oppressant et peu difficilement laisser indemne.

Les morsures de l'ombre de Karine Giebel

Les morsures de l'ombre

Ah Karine, plus je te découvre et plus tu m'effraies... !
Après Terminus Elicius et Chiens de sang, j'ai poursuivi dans le veine sombre avec Les morsures de l'ombre, son troisième roman auréolé des prix SNCF du Polar Français, Intramuros et du festival International du Roman Noir. Celui-là aussi, avalé en quelques heures.

Le commandant Benoît Lorand se réveille dans une cave, enfermé dans une cage avec douche et wc, dans une maison isolée et gelée. Sa tortionnaire, aussi belle que dérangée, est bien décidée à lui faire payer.

Un pitch court, efficace qui nous plonge directement dans l'ambiance glauque et noire des Morsures de l'ombre. Pas d'états d'âme, on est déjà au coeur de l'action souffrant de la faim, du froid, de l'absence de soleil et des coups avec Benoît. On assiste à un bras de fer déroutant entre Lydia et lui,s'accrochant à l'espoir d'un éclair de lucidité de la part du bourreau...
Dans le même temps, on suit Djamila, une collègue du commandant Lorand, flic à Besançon, qui s'occupe de l'enquête. Je n'ai pas trop aimé son personnage, même s'il est important. J'ai par contre beaucoup plus apprécié Gaëlle, la femme de Lorand, qui subit les conséquences de la vie dissolue de son mari.
Quant à Lydia et Benoît, les héros, le lecteur n'arrive jamais à prendre parti pour l'un ou l'autre. Certains agissements de Lorand font pencher la balance vers Lydia, tantôt les tortures qu'il subit font qu'on est en totale empathie avec lui. Il vit un véritable calvaire et nous aussi. C'est d'ailleurs, peut-être le seul défaut véritable du livre, la captivité de Lorand dure tout le roman. J'aurais bien aimé le rencontrer un peu avant, dans sa peau de flic, de mari et de père de famille.

Là encore, la conclusion brutale et cruelle ne m'a pas laissé indemne, la frontière entre plaisir et souffrance du lecteur est ici aussi très mince.

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